A nos love
Are you teacher of the heart ?. Soft, she answered No. Leonard Cohen.
- ça s’est passé super vite puis après quand c’était fini il m’a dit :
“ thanks a lot. ”
- Oh…
- Tu sais ce que je lui ai répondu ?
- Non…
- Tu vois.. Tu rigoles mais c’est pas marrant, tu vois…je lui ai répondu : “ y a pas de quoi c’est gratuit. ”
- Il a compris ?
- Je pense. En tout cas j’espère.
- Et tu regrettes ?
- Non… Mais c’est moche.
C’est ce que dit Sandrine Bonnaire à une amie dans “à nos amours” de Maurice Pialat. Elle a 18 ans, elle est belle, elle vient de faire l’amour pour la première fois de sa vie avec un jeune anglais, un amour de vacances. Elle est déçue, en colère. Elle imaginait que la première fois ce serait autrement. Elle ne retient que le thanks a lot. Elle fait claquer le “t ” de “lot ” et cela marque sa déception qu’elle souligne par une moue qui serait de dégoût si elle avait déjà des éléments de comparaison avec d’autres hommes.
Merci.
C’est également ce qu’il avait dit à cette jeune femme de trente ans qu’il avait caressée et dans laquelle il avait mis deux doigts tout en l’embrassant alors qu’elle basculait sa tête en arrière. Elle prenait visiblement un plaisir qu’elle ne dissimulait pas. Si jeune, dissimulait-on déjà ? Il avait frotté son entrejambe contre sa cuisse à elle. Il avait bandé et alors qu’il sentait le miel de son plaisir lui couler sur les doigts, il avait éjaculé dans son pantalon. C’est à ce moment qu’il avait dit “merci. ”
C’est en rentrant chez lui après l’avoir raccompagnée qu’il avait visualisé cette scène avec Sandrine Bonnaire. Un écrivain de soixante ans qui doigte une jeune femme de trente ans… Une fillette presque. Il lui en avait fallu des arguments pour qu’elle se donne ainsi. Des arguments d’ordre littéraire bien sûr. Elle aimait lire. Elle aurait voulu être Anna Karénine, Dalva, Madame de Guermantes, Madame Bovary, Nana, Lolita, Betty, un Dahlia Noir … Elle aurait voulu naître sous la plume d’un auteur génial. Elle voulait être une muse. Á la voir comme ça, elle faisait naïve, adolescente angélique, une icône boticellienne. Quand on entendait pour la première fois le son de sa voix, l’image se faisait désir et sexe. Le timbre de sa voix était toute sensualité, elle parlait d’une voix chaude et enivrante qui vous la faisait désirer de suite. Nul doute qu’un exposé de sa part ferait tomber amoureux le moindre de ses auditeurs. Enfin quand on la connaissait un peu, et qu’elle voulait bien se laisser dévoiler, elle était l’illicite, le danger, le chemin de l’enfer. Elle savait parler de ses envies et de sa libido. Elle aimait ça. Elle était en demande, dès qu’elle avait jeté son dévolu sur un amant potentiel. C’était une jeune femme libre dont l’ambivalence entre le physique et les pensées laisseraient sur le carreau dans un futur proche tous ceux qui oseraient l’approcher pour l’aimer ou simplement la conquérir. Mais pour l’instant, elle ignorait ce potentiel et ne cernait pas très bien ni comment ni pourquoi elle avait ça en elle.
Lui, à soixante ans, n’avait écrit que des romans de gare et quelques nouvelles qu’il avait vendues à des magazines féminins sous un pseudonyme plutôt minable : Maxime Sarud. Quiconque lit un peu aurait pu décoder l’anagramme “Sarud. ” Elle en avait lu une par hasard chez un dentiste. Etrangement, ce mélange d’érotisme chic et de patchwork hybride de styles modernes entre Philippe Djian et Vincent Ravallec lui avait plu. Quelle n’avait pas été sa surprise quand elle découvrit de la bouche d’une amie que Maxime Sarud et cet éminent intellectuel, André Zucker, n’était qu’un seul et même homme ?
Elle préparait une thèse sur les liens entre acculturation et complexe d’Oedipe chez les peuples de l’Afrique de l’Ouest. André Zucker passait pour un professeur respectable. On l’appelait “ maître ”. Il s’était fait une réputation pour avoir été le contradicteur essentiel de Claude Lévi-Strauss. Elève et ami intime du regretté Roland Barthes, il avait été membre du collège de France comme son maître. De plus, cerise sur le gâteau, il avait été le dernier psychanalysé de Lacan. Il occupait une chaire en Sorbonne. Il était occasionnellement un directeur de thèse très prisé.
Sous prétexte de recherches théoriques pour alimenter sa thèse, elle avait obtenu un rendez-vous, et il n’était pas aisé d’en avoir. André Zucker était très demandé. Il avait fait dire par sa secrétaire qu’il refusait. Mais elle l’avait guetté au sortir d’une de ses conférences. Elle savait oser. Elle le lui avait demandé. Légèrement ébahi par l’aplomb de cette jeune femme ( peu de gens n’osait apostropher le maître ainsi.), il répondit sèchement qu’il ne pouvait lui accorder qu’un seul entretien le soir même.
- Un restaurant… un restaurant libanais… pas très loin de St Germain. C’est à prendre ou à laisser, ça vous va ?
Curieuse, joueuse, cherchant à séduire pour se rassurer, naturellement, elle avait pris.
- Parfait maître.
- 20 heures. Á ce soir, mademoiselle. Avait-il dit sans croiser son regard de peur qu’elle n’y lise son trouble.
Qui aurait pu croire que ce genre de sommité puisse écrire ce genre d’insipidité pour jeune fille et ménagère branchées ?
- L’intellectualisme ne résout pas tout. J’ai aussi besoin d’insouciance, de légèreté et de jeunesse futile. Lui avait-il dit au restaurant.
Pour ne rien vous cacher, chère amie, le côté lucratif n’est pas pour me déplaire, non plus. J’aime avoir un excellent train de vie. Nul doute que ces magazines qui me publient spéculent sur ma mort. Rendez vous compte André Zucker était aussi “ fleur bleue ”. Quel scoop lucratif ! Tout ceci est sous contrat et déposé chez huissier. Ceci dit, c’est un vrai exercice de style pour qui corrige à longueur d’année thèses de sociologie et de philosophie. Si j’osais une confidence de plus, je vous dirais que la question du double tant en littérature que dans la vie, m’obsède.
Ce Chère amie avait été ses premiers mots intimes envers elle. C’est à ce moment là qu’elle avait senti les replis de sa vulve légèrement se relâcher pour laisser perler deux petites gouttes de ce suc sacré qu’il aurait sur les doigts tout à l’heure. Á moins que le château Margaux n’eut distillé ses premiers effets euphoriques. Non, c’était les deux. Le vin et les mots. Elle aimait les mots. Maxime ou André savait les choisir au bon moment. Il avait su la convaincre que ses représentations étaient erronées. Elle avait un sérieux à priori en ce qui concerne les hommes de plus de trente cinq ans. Des résidus d’adolescence lui faisaient qualifier ces hommes de “ vieux ”. André, une fois de plus, avait eu les mots justes :
- Ne vous laisseriez vous pas séduire par Mick Jagger ? Par Jacques Higelin ? Par Julien Clerc ? Ils ont largement soufflé leurs cinquante cinq bougies ces adorables vieillards.
Volontairement, il avait usé d’exemples empruntés au show-bizness et à l’univers rock en particulier. Quand l’atmosphère tendue de début de soirée se fut dissipé, elle lui avait dit l’engouement qu’elle portait pour ce genre musical. Elle était futile elle aussi malgré son coté sérieusement intello. Encore et toujours l’ambivalence… Il aurait pu ajouter dans sa liste : Roger Daltrey, Bruce Springsteen, David Bowie… S’il avait voulu être totalement cynique, il aurait surenchéri avec Hugues Auffray ou même Henri Salvador. Mais c’est deux là n’avait rien de Rock and roll.
- Je vous assure, l’âge de nos jours n’est qu’un chiffre. Comment trouvez-vous André Glucksman ? Et Paul Newman ? Et Robert Redford ? Je suis de leur génération. Le plaisir, le désir, le sexe ne tiennent plus compte de l’arithmétique du temps.
Elle le regarda alors autrement, et lui fit cette confidence.
- Ce sont des stars. Ils ont les moyens de s’entretenir physiquement. Ne vous méprenez pas. Je vous trouve beaucoup de charme. Vous avez sans doute raison. Et votre regard n’est pas du tout celui d’un vieux.
- C’est un bon début.
- Quelque chose est peut-être possible entre nous, je n’en sais pas encore la forme, mais à une condition…
- Les femmes adorent se donner sous condition. Laquelle ?
- Je veux être dans une de vos nouvelles.
- Vous plaisantez ?
- Pas du tout.
- Mais l’imagination ne se suffit pas à elle-même. Pour décrire, sentiments, passions ou même particularités physiques, j’ai besoin de voir et de vivre les choses.
- Ce qui signifie ?
- Pour que vous soyez dans une de mes nouvelles, je ne saurai parler de ce qui m’émeut en vous, si je n’en ai pas vécu l’expérience.
- Toutes les nouvelles que vous publiez sous votre pseudonyme ont une base réelle ? Quelle est la part de réalité et d’imaginaire ?
- Ah…Mystère de la création… Á vous de deviner ou de ne pas vouloir deviner. Mais si vous voulez avoir votre part d’éternité littéraire, car c’est bien de cela somme toute qu’il s’agit ma belle, - (elle mouilla un peu plus…) - , il vous faudra sans doute en payer le prix…
- Que désirez-vous ?
- D’abord voir vos seins, les toucher, les goûter peut-être. Je ne suis pas un concept, mais un être vivant avec des passions et des frustrations. Moins j’ai des frustrations, plus mes passions sont exacerbées et l’écriture s’en ressent. Pour écrire j’ai besoin de matériel. La sublimation ne vient que sous les touches de l’ordinateur.
- Et quoi d’autre ?
- Savoir quel visage vous avez quand vous jouissez entre autre. Pour la suite on verra après. L’histoire s’écrira au fur et à mesure.
Après le chère amie, le ma belle était juste ce qu’il avait fallu d’élégance verbale pour qu’elle n’hésitât plus d’avantage. Ils étaient alors dans sa voiture. Elle se suspendit quelque peu, le regarda droit dans les yeux et déboutonna son corsage. C’était deux petits seins qui tenaient bien dans la main. Juste ce qu’il faut. Il palpa le droit avec un sentiment mêlé de découverte et d’attention. Un sein de jeune fille… comme ceux de Diane de Poitiers dans cette peinture célèbre de la renaissance. Il se remémora fugacement son adolescence, la forêt de Senlis où il avait fait l’amour la première fois, et les calendriers érotiques des années soixante-dix. Elle aurait aisément trouvé sa place derrière l’objectif flou d’un David Hamilton. Cette naïade, était évanescente. Tout en chatouillant le mamelon rosé entre le pouce et l’index, il la fixait droit dans les yeux. Elle rougissait en esquissant un léger sourire pervers et complice. Se faire tripoter par un vieux, voilà qui devait sérieusement bousculer ses conceptions archaïques sur la jeunesse et la mort. Quand elle jugea qu’il en avait assez fait, elle se reboutonna. De la main droite il lui souleva les fesses et de la gauche il fit glisser la fermeture du jean. Il chercha de deux doigts le bouton magique qui libérait ce miel suave qu’il aurait bien goutté s’ils avaient été dans un autre lieu. La suite est décrite quelques lignes plus haut.
Quelques jours plus tard, elle le croisa sur l’esplanade de la faculté et lui proposa de venir boire un café. Le maître accepta la proposition de l’élève. Parfois la culpabilité peut revêtir des formes inattendues. Il ne voulait pas l’entendre dire qu’elle regrettait ou que le château Margaux l’avait soûlé. L’ivresse que procure le château Margaux n’est que légende. Le château Margaux est un sésame pour qui ne craint pas de se perdre dans le plaisir.
- J’avais trop bu, dit-elle.
- Vous regrettez ?
- Pas du tout.
- Vous le referiez ?
- Je n’aimerais pas que cela soit systématique. Qu’à chacune de nos rencontres il doive se passer quelque chose !
- Je l’entends bien ainsi. Je ne suis pas votre amant.
- Ni mon ami.
- Qui dois-je être pour vous alors ?
- Mon écrivain. Où en êtes vous de la nouvelle ?
- J’ai des pistes d’écritures. Je rassemble des idées. J’ai un semblant de titre.
Il n’avait rien de tout ça. Juste l’image du film de Pialat.
- Je vois. Quand vous l’aurez écrite, prévenez-moi.
- Nous ne nous verrons pas avant ?
- Je ne sais pas. Je bloque sur un chapitre de ma thèse.
- Vous bloquez… c’est ça…
- Vous êtes mon écrivain. Pas mon psychanalyste.
Un silence. Elle baissa les yeux, les releva comme dans un ralenti cinéma et éblouissante elle ajouta :
- C’est moi qui paie le café.
- Parfait. Je ne suis pas votre psychanalyste, aviez vous dit.
Elle rit, déposa quand même les euros sur la table de marbre. Cet entretien très lacanien lui avait fait du bien malgré tout. Par contre, lui se retrouvait avec un transfert à gérer. Qui de l’héroïne ou du romancier tenait l’autre ? Qui avait l’ascendant sur le narrateur : l’idée ou l’écriture ? Cette fille pouvait aisément le transformer en une marionnette qu’elle manipulerait au gré des phrases ou des chapitres qu’il réussirait à pondre. Muse involontaire, si elle avait su sa force de séduction, elle aurait pu le faire traîner à ses genoux et être de ces femmes fatales qui plongent un humain jusque là infaillible dans la destruction la plus servile. Mais elle était trop impulsive, si peu calculatrice que pour l’instant, il pensait encore dominer la question. Après tout c’était lui l’auteur. Elle n’était que le modèle. Depuis quand une héroïne toute de sexe et de plaisir qu’elle fut, pouvait-elle décider du phénomène de création artistique ? Il l’écrirait quand bon lui semblerait, comme cela lui chantera. Il pouvait en faire une déesse, une pute sans cœur, une jeune mère déchirée ou une femme tiraillée par l’infidélité. S’il choisissait de se mettre en scène, il pourrait se décrire comme un amant extraordinaire droit et intègre dans des scènes torrides et des positions suggérées où l’érotisme bourgeois se livre un combat acharné avec la pornographie poétique. Il pouvait tout faire. Un écrivain est un géniteur, c’est un clone de Dieu, le père himself, après tout ! C’est lui qui la tenait et pas elle ! Du moins était-ce ce qu’il croyait dur comme fer.
***
Un soir de solitude inexpliquée - quoique - …, il entama l’écriture de ce qui devait être la nouvelle. Les premiers mots lui vinrent assez vite. Il avait récemment revu en vidéo “à nos amours ” et avait noté scrupuleusement le dialogue entre Sandrine Bonnaire et son amie. Il l’avait retranscrit, certain que ce début référentiel et cinématographique serait une bonne accroche. Mais il fut coincé de la suite à donner. Il ne lui fallait pas se contenter de narrer sa soirée aussi mémorable fut-elle. Cela pourrait tourner court. Il le savait bien. L’art de la nouvelle ne dépendait pas de sa taille, mais tout de même : deux doigts d’écrivain dans la chatte d’une jeune universitaire curieuse d’une vie sexuelle riche ne feraient pas une écriture remarquable. Il laissa la nouvelle en suspens plusieurs jours. Le soir, il allumait son ordinateur, lançait le fichier, et relisait le dialogue d’intro. Que dire de plus ?
- Thanks a lot !
Il s’embarqua dans quelques lignes érotiques. Mais il n’avait rien d’un peintre abstrait. Il ne pouvait décrire ce qu’il ne connaissait pas. Il ne pouvait pas inventer des mots qu’ils n’avaient pas eus, des gestes qu’ils n’avaient pas accomplis, des regards troublants, des sentiments qui n’avaient pas voyagé. Il effaça ces quelques lignes, laissa le dialogue.
Les jours suivants, il ne croisa pas son modèle dans les couloirs de l’université. Qu’était-elle devenue ? Où était-elle ? Il s’enquit auprès du secrétariat de la présence de cette élève.
- Quel nom dites-vous ?
- Bonnaire. Sandrine Bonnaire.
- Comme l’actrice ?
- Oui… C’est une homonyme.
- Excusez-moi maître, mais nous n’avons aucune étudiante à ce nom.
- Mais ce n’est pas possible, vos fichiers ne sont pas à jour. Regardez de plus près.
- Nous allons faire des recherches, peut-être n’a t elle donné que son nom de jeune fille. Elle est mariée ? ou le contraire.
- Je ne sais pas, je ne lui ai jamais posé la question
Effectivement. Ils n’avaient pas abordé cette question. Pourquoi pas après tout ! Peut-être aimait elle quelqu’un d’autre et lui était-elle fidèle à sa manière ?
- Y a-t-il d’autres Sandrine inscrites ?
- Nous allons les répertorier maître, je vous contacterai personnellement. Il doit y en avoir quelques-unes unes ici. Moi-même je me prénomme Sandrine.
Sandrine…Sang drink… Vampire charmante qui le vidait de sa substance créatrice. Plusieurs nuits, il ne put dormir, perdu qu’il était dans la rédaction de cette nouvelle qui n’avançait pas.
- Thanks a lot. Et Lot et Garonne ! Merde…
Il écrivait à la main des idées, des bouts de phrases qui aurait pu figurer dans son écriture, puis il les brûlait. Ce n’était pas bon.
Cendrine…En cendres…
Un soir, il récupéra des flammes, in-extrémis dans le gros cendrier massif une page griffonnée. Le cendrier de Sandrine…Etonnant non ? Lacan lui avait laissé d’indélébiles marques. Il récupéra une feuille qui ne s’était pas consumée.
D’une écriture brisée, nerveuse et colérique il avait écrit :
“ Son sexe était le Graal lui-même. De ce nectar salvateur qui vous donne l’immortalité, je m’en abreuvais dès que cette Madonne s’offrait à moi. Parfois, je m’agrippais à ses cuisses et tel Romulus ou Remus je léchais de ma langue les lèvres du sexe de ma belle louve. Allongé entre ses jambes, les yeux rivés sur son royaume j’ouvrais la bouche pour sentir couler dans ma gorge le fluide délicieux. Elle posait son beau cul sur ma face. Je me tenais à ses seins. J’avais la bouche sur son paradis. Le temps s’égrenait alors à rebours, et je retrouvais les années de ma jeunesse quand mon premier amour m’enserrait entre ses jambes sous la ramée d’une forêt près de Senlis. Pour mon malheur il me fallait la créer au jour le jour pour jouir de ses trésors sexuels. Sans création elle n’existait pas… C’est pourquoi nuit et jour, je me jetais à corps perdu sur mon ouvrage dénichant les mots perdus, les syntaxes oubliées et les images violentes d’amour et de sexe. ”
A la lecture de ce passage sacrifié, il comprit alors qu’il était près de la vérité. Il termina la nouvelle aux alentours de six heures du matin.
Le lendemain, il la vit s’attabler à ce même café. Ravi qu’elle ne fut pas une chimère oubliée sur les registres d’une administration estudiantine, à l’écart il l’observa. Elle portait un corsage de soie rouge sur un jean noir serré qui lui galbait à merveille ce cul qu’elle avait généreux, qu’il rêvait de voir un jour pour de vrai et qu’il caresserait comme aucun homme ne l’avait jamais fait. Flatter son postérieur, comme à une jument dont on aimerait être l’amant. Cela devait être divin. Si la nouvelle était réussie, peut-être lui ferait-elle ce cadeau, en guise de remerciement. Tout travail mérite salaire, non ?
Un jeune homme, sans doute d’origine maghrébine, s’assit à ses côtés. Ils échangèrent un baiser furtif. De loin, il constata qu’elle rougissait comme elle avait rougi cette nuit où… Le jeune homme n’était pas très à son aise, il regardait autour de lui comme s’il avait peur d’être pris en flagrant délit. Ils se levèrent, traversèrent la place et entrèrent dans un hôtel.
Il n’en voulut pas voir plus. Il s’en alla, s’engouffra dans la Sorbonne. Á cet instant, il portait aisément son âge.
- Maître ! Hurla Sandrine la secrétaire.
Il s’approcha du bureau.
- Maître. Elle ne s’appelle pas Sandrine.
- Ne me dîtes pas son prénom… Ne dites rien. Vous avez moyen de la joindre ?
- Oui.
- Remettez-lui ceci.
Il tendit une enveloppe kraft dans laquelle se trouvait la nouvelle.
- Elle peut me joindre si elle le désire au numéro inscrit au verso.
Il s’éloigna sans en dire plus.
Deux semaines plus tard, au retour d’une conférence qu’il avait donné à Bruxelles, il écouta ses messages. L’un disait ceci :
- J’ai lu. J’ai relu. Je la lis tous les jours. Elle me déroute. C’est comme si je me sentais inachevée. Il n’y a pas de fin. Je crois savoir pourquoi.
Tout travail mérite salaire, non ? “ Payer le prix … ” aviez vous dit… Si vous voulez écrire la suite, je suis riche. … dites le à Sandrine. Je serais aussitôt sur les touches de votre clavier. Rendez-vous au paradis. L’éternité, vous me l’avez fait comprendre, ça se mérite.
Á nos amours, professeur …Thanks a lot.
Agen /Souillac juillet 2002.
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