Un Brouillon de bonheur (1974)
NOTES D'INTENTIONS
Ecrit il y a vingt ans: "Un brouillon de bonheur" est le deuxième volet de mon adolescence après "Vie et Mort d'Alfa".
L'idée en est originale puisqu' à partir d'un carnet intime, le personnage central décide de comparer jour pour jour sa vie trois ans après.
Ce récit à deux étages est aussi un étonnant miroir de la jeunesse des années 80.
Comme une caméra subjective tenue à l'épaule, l'écriture nous permet de croiser des personnages que la mémoire de l'auteur oubliera sitôt le coin de la page tournée.
Ses interrogations ont-elles évoluées ? Ses relations sont-elles les mêmes? S'égare-t-il ou construit-il sa vie d'adulte ? Ses révoltes s'enterrent-elles ou bien se renforcent-elles ? Trouvera-t-il ce "Hâvre" qui peut être la charpente de sa liberté, de sa vie.
Extraits
Préambule:
Puisque nous sommes contraints de perdre le temps que nous ne pouvons cumuler; préparons notre futur passé à grands coups de cicatrices venins et de souvenirs- blessures.
Noyons le quotidien dans le poison de l'habitude dépoussiérée et sauvons in-extrémis les germes d'une sorte de brouillon de bonheur.
.../...
Premières pages.
Ici le 08 mai 1980
Et je me retrouvai tous les vendredi à 15 heures 30 chez cet analyste de la rue St André des Arts, je poireautais dans le vestibule sous un tableau abstrait de Miro. J'avais des envies de pisser à ne plus savoir que faire. Pourquoi? À priori pour se faire réformer, de l'armée je n'en avais nul besoin... Et puis comme J'avais dit au psy : "aussi, pour tirer certaines choses au clair."
Ces choses c'étaient plein de choses: l'autorité, mes parents, mes amours, mes femmes, MOI et ma Mort et la rupture bête et brutale de celle qui s'appelait Françoise et que J'avais idéalisé. Pour sûr ça n'allait pas bien dans ma tête, dans mon coeur non plus et parfois même dans mon sexe.
Je m'asseyais en face de lui et je parlais. Parfois trois quart d'heures quand, quand il ne s'endormait pas, une heure... jamais plus. Je rédigeai un chèque de cent francs et je partais sans lui dire au revoir. Le vendredi d'après j 'étais là, sous le tablieau de Miro à attendre et à me tenir la vessie... et ainsi de suite régulièrement. Mille fois, j'ai cru arriver en retard, mille fois c'était encore moi qui patientais...
Et puis J'avais pris un tic. Mauvais? J'en sais rien, j'interprétais tout.
Tout. Mes faux pas, mes lapsus, ceux des autres, mes blessures, mes disputes, mes ruptures. Je pensais au second degré. Je procédais par associations d'idées. Putain, j'étais perturbé; mais peut-être pas... J'étais renversé, à l'envers; comme ce jour où ma voiture Une VW avait basculé sur le toit. La tête à l'envers, je me sentais bien, enfin pénard... chut... laissez moi ainsi. Sylviane a crié: " Viens, sors ça peut exploser" ...
Merde, encore se bouger... Merde... J'suis tellement bien. Bon allez, je sors... Je suis sorti et je n'ai plus revu Sylviane, pour un temps en tous cas. Mais ça allait mieux. Et à partir de ce jour j'ai voulu tout écrire sur un carnet. Non, non pas un journal, une sorte de carnet de bord qui compléterait mes discours psychanalitiques à deux sous. Je n'avais aucune idée à quoi cela pourrait me servir, mais je gribougillais dans le style que je désirais mes impressions, mes colères, les espérances, mes journées, mes nuits, mes échecs, mes victoires, mes fuites. Il n'y avait pas de petit Rousseau qui sommeillait en moi. Non quand je n'en avais pas envie, je n'écrivais rien ! Je n'écrivais rien ou alors des énigmes. Pour moi. Pour les lecteurs que je n'aurais jamais ou pour les fouineurs qui me le déroberaient lorsque j'aurai le dos tourné.
Et finalement si j'avais rempli tout un carnet pour vous, et pour mon futur? Hein? Pour quelques années plus tard découvrir l'ègaré que j'étais.
Hamlet, Guevara, Casanova, Mesrine, Coluche, Godart, Dupont...
Pour exhumer une période, une époque, je ne sais pas, peut-être pour faire ce premier livre dont on dit toujours qu'il ne peut-être qu'autobiographique. Sans doute. Mais qui peut dire que je ne suis pas un menteur ? ... Moi seulement! Et je ne vous le dirai pas ! J'ai changé les noms.... Et qui vous dit que le personnage qui retrouve le carnet en 1980 a le même nom que celui galère en 77. Il a en tout cas le même prénom. Mais non, mais non, je ne veux pas jouer les Marcel Proust. Je n'en ai pas l'envergure. Pas encore ! Sérieux ou pas? A vous de voir !
Bref. J'ai retrouvé ce carnet et j'ai pris la distance nécessaire pour revivre, pour vous faire revivre les évênements.
Il était une fois...
DERNIERES PAGES
22 juin1977
Passent les jours, passent les semaines
L0NG DE TEMPS !
Marguerite existe. Et j'existe avec elle.
Des angoisses oubliées, aujourd'hui remontent à la surface. mais le vrac sera plus explicite.
-Pierre Louis ne souffle plus mot sur la Grèce, sur les vacances et sur l'éventuelle vie future en pavillon ou en appart' . IMPLIQUE ELOIGNEMENT.
- Rupture avec Brochant, en espérant qu'Alain en sortira indemme. JYG, je ne veux plus le faire revivre ! Hélène a disparu.
- Yoyo à l'armée. Où en est son suicide?
- Le C.E.C. traîne en longueur.
- Puis, des peurs que je repousse, du style: peur d'un éloignement de Marguerite, peur de retomber dans l'éternel foireux mois d'août où je me fais annuellement juger et mettre au rebus.
-Doucement, peur d'une future année 77-78, infructueuse. L'avenir quoi? Tu vois l'genre !...
Je ne veux pas être condamné à revivre le passé. Je veux des amours neuves avec Marguerite, et des amitiés durables.
Pierre Louis s'hypocrise ou se terre dans le silence. Cela finira par de l'indifférence amicale. Il ne partira pas en Grèce et ne prendra jamais aucun style d'apparts avec moi. ( peut-être ai-je tort, mais bien que le souhaitant, je ne crois pas.)
Le soleil ne vient pas. L'argent part.
La voiture déconne.
Ce carnet n'est qu'un amas de négations en tous genres.
J'aimerais seulement suggérer le bien être que m'apporte Marguerite quand nous allons bien tous les deux.
Marguerite, elle est quelquefois secrete... Sans être vraiment curieux, j'aimerais de temps en temps savoir les pensées de son futur avec moi.
28, 29, 30 OCTOBRE 1980
Voilà la boucle est bouclée, comme on dit, ce jour ci est la réplique exact des négations formulées trois ans plus tôt( voiture, soleil, argent et discours en tous genres) seulement une petite réserve à faire vis à vis de Pierre Louis... ça va ... Toujours là avec une vie sur un rail parallèle.
Marguerite aussi toujours là avec nos problèmes à nous, nos questions couples et tout le tralala. Mais ça a l'air d'aller entre elle et moi, on essaye de ne pas trop ne tirer dans les pattes... On essaye en tous cas.
Et puis y a les autres... JYG à St Etienne avec une môme rousse aux exigences ardues. Alain et Brigitte, Rue-du Faubourg St Denis avec l'espérance folle de devenir riches.
( On en est tous là).
YoYo qui apparaît, qui disparaît qui voyage beaucoup. Michel Galois maqué avec une petite prétentieuse qui le cloître; après tout il aime peut-être ça Michel?
Didier Goube, fana de C.B...
Marianne instit' et définitivement en froid avec moi est une excellente amie de Marguerite. Marianne à deux doigts de la psychanalyse: ses angoisses, ses mecs, ses fringues et ce boulot de con ! Et puis d'autres des nouveaux qui feront peut-être un autre livre: Totoche, Pascal ABT, Yolaine et Victor, tous désireux de sortir de la merde, par la musique...
La musique !. Ah si elle pouvait nous sauver ! Banal? Tant pis ! Tout ce qui est banal fleure la lucidité.
Et d'autres qui m'ont frôlés: ceux de Sarcelles: Philippe Shériff dessinateur fou, et communiste.
Michel Bouteillon: imprimeur qui finira françouillard, alcolo. Sa copine Hélène Houly qui le quittera pour quelqu'un qui parviendra à la comprendre.
Martine ZOLA du service du personnel qui m'a fait respirer dans la grisaille de l'administration communale. Merci à toi, Martine. Je suis touours là ... si tu le désires... Et d'autres... Des cons: Le Grigou et Dalvencrotte, mes chefs.
Bref ! mon aventure sarcelloise, pour sûr, ce sera mon prochain bouquin. "L'extraordinaire aventure d'un rescapé de la paperasse "...
Et moi et moi toujours vivant, les tripes bourrées d'espérance: Cinéma, écritures, amours !!!
Ambitions folles, folles... Je n'aurais jamais cru que J'irai jusqu'au bout avec ce bouquin qui n'en est pas un..
Tirer les premiers messieurs les critiques ! Un premier livre comme le premier môme, c'est celui de l'amour même s'il est taré, mongolien, estropied, surdoué ou abruti. Un premier livre, on l'aime, comme on s'aime... peut-être plus. Et puis et puis... Je sais maintenant ce que je cherche... Je suppose que c'est ça ou que ça y ressemble... Sans retomber dans le mythe Jekill and Hyde. Je crois qu'à coté d'une vie séculière et régulière, je veux qu'il existe une vie secrête, sereine, irrégulière, anachronique comme la température d'une maladie.
Cette seconde vie, je l'appelle "Hâvre"
D'autres appellent " Hâvre" la première vie: je ne suis pas d'accord.
Comment peut-on y croire quand cette première vie n'est tissée que de contraintes, de certitudes d'obligations dures et douces?
Le pivot central ( pléonasme?) de mon havre, je veux qu'il soit femme indépendante, libre, disponibles solitaire et amoureuse. De TOUT ! Je désire être secret et dans son secret, tout comme l'était le Jardin de l'enfance, mon jardin de mon enfance...
Dans le sens commun cela s'appelle avoir une maîtresse. Moi je dis ni maîtresse, ni esclave, mais de ces rares femmes uniques qui savent n'ouvrir sans arrières pensées. Leur porte, leur coeur, leurs yeux, leur âme, leur sexe, leurs bras, leur être tout entier. Tout cela s'ouvre pour vous, pour elle, pour la joie, le plaisir, le secret, la jouissance et l'interdit.
Ile secrête, innaccessible au milieu de la perdition des rapports humains, tout concourt à vous faire survivre encore un peu à fomenter l'espoir raplapla au milieu du désespoir qui crâne de plus en plus.
Tout ceci est bien net dans ma tête. Je ne cherche pas l'épouse, ni la mère, ni la putain. Mais à côté d' une de ces trois catégories ou peut- être dans l'une de ces trois catégories, je veux trouver, mon " Hâvre"
Je testerai toutes les voies, tous les chemins aussi obscures et caillouteux, stupides soient-ils. Je peux me tromper mille fois, m'égarer sans arrêt. Mais c'est sur, dans mon moi tout entier viendra le jour où je saurai que c'est elle ma seconde vie, mon secret, mon tabou, mon totem, ma mort enfin !
D'elle je désire un enfant inconnu qui grandira sans m'avoir connu, qui poussera comme un alevin loin de toute piscicululture ou comme une mauvaise herbe planquée dans un jardin à la frangaise.
Je veux qu'il soit la concrétisation de l'interdit et de l'inceste, le bâtard fier et courageux de crier bien haut qu'il ne veut pas de père de maître ou de Dieu, de précepteur, de conducteur, de tuteur, de directeur.
Je souhaiterai qu'il soit l'enfant que je n 'ai pas pu être ! S'il souhaite lui toute autre chose: VIVE SA LIBERTE ! Si ça se trouve, moi l'aveugle écrivain, je ne me doute même pas qu'elle, mon "Hâvre" est déjà là...
12 JUILLET 1977
Les prémonitions sont des réalités.
Un futur chômeur vous parle.
FlN
le 12 Novembre 1980
Copyright Albert Labbouz Désespoir productions.
Texte déposé à La S.A.C.D
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