CETTE CONFERENCE A ETE DONNÉE PAR ALBERT LABBOUZ et PATRICK WINZELLE, POUR LA PREMIERE FOIS DANS LE CADRE DU FESTIVAL AUBERCAIL LE 9 avril 2010 à LA MEDIATHEQUE St JOHN PERSE D’AUBERVILLIERS

QUI EST BORIS VIAN ?
Est ce :
LES PSEUDONYMES DE VIAN
Honoré Balzac (sans particule)
Baron Visi (anagramme)
Bison Ravi (Littéraire) (anagramme) pour signer le poème Référendum en forme de ballade publié en mars 1944 dans le magazine Jazz Hot.
Boriso Viana (jazz) pseudonyme associé à Lydio Sincrazi (cf ci-dessous)
Brisavion (anagramme)
Bison Duravi (Littéraire) dérivé des précédents, pour signer L'ékume des jhours, un poème inédit en quatorze variantes.
Andy Blackshick (jazz) (Festival du rire au Théâtre de Ranelagh)
Agénor Bouillon avec Henri Salvador sur un 45 tours (Barclay N° 70.246)
Xavier Clarke (articles de presse) - notamment dans Jazz News et A la manière de, La guerre froide des deux hot s'attiédit à Saint-Germain.
S. Culape (jazz) pour Le spectacle de K. Dunham.
Aimé Damour pour Nous avons été trompés ! le Manifeste du Cocu (Comité d'organisation des consommateurs et usagers).
Charles de Casanove
Amélie de Lambineuse dans sa lettre Conseils à mes neveux signée : Votre Grand-tante Amélie de Lambineuse pcc Boris Vian.
Gédéon d'Éon (incertain)
Michel Delaroche (> 100 articles de presse dont Jazz News N° 8 Novembre 1949) "De petites et de grandes nouvelles.
Joëlle du Beausset (Littéraire) pour La Valse.
Gérard Dunoyer (articles de presse) et pour le publication "C'est gagné pour Zizi Jeanmaire".
Jules Dupont (Socio-Politique) pour écrire son "Traité de civisme", inachevé et publié "post-mortem". Ancien combattant de réserve, officier d'académie, chef de services de la compagnie d'assurance La Cigogne parisienne.
Fanaton : Boris Vian a signé sous le pseudonyme de Fanaton les notes de pochette d'un disque de Mr Dupont. Le pseudonyme est un anagramme du nom de l'éditeur : Fontana. (45 tours N° 460.563).
Hugo Hachebuisson, Hugo Hachebouisson (articles de presse) à rapprocher de Hugo Hackenbush, personnage de Groucho Marx dans Un jour aux courses, Les pères d'Ubu-roi.
Zéphirin Hanvélo (avec Henri Salvador) Rapport du brigadier cycliste Zéphirin Hanvélo.
Onuphre Hirondelle (avec Henri Salvador)
Odile Legrillon pour Du nouveau dans les achats en viager.
Otto Link (jazz) et pour Silhouette du Hot-Club : Jean Berdin.
Gédéon Mauve pour Panégyrique du savant Cosinus.
Eugène Minoux pour présenter certains 45 tours, en particulier de Michel Legrand.
Gédéon Molle, Dr G. Molle, Professeur Gédéon Molle (jazz) (articles de presse) notamment Le jazz est dangereux.
Jacques K. Netty pour présenter quelques pochettes de disque en tant que directeur artistique
des disques Fontana (33 tours 25 cm Philips n76.089, entre autres disques).
Josèfe Pignerole, amateur de Jaze Bande (jazz) article sur Boris Vian (textes rassemblés par Claude Rameil) Écrits sur le Jazz et Lettre au père Noël.
Adolphe Schmürz (articles de presse) et pour Quand vos femmes se querellent.
Vernon Sinclair pour l'écriture de morceaux de rock parodique (avec Henri Salvador et Michel Legrand).
Lydio Sincrazi pour plusieurs textes de chansons sur un 45 tours (Pathé 45 EA 130) Fredo Minablo, un disque produit par Fontana : texte signé Lydio Sincrazi, adapté par Boriso Viana (Boris Vian).
Vernon Sullivan (Littéraire) (1946) Le plus connu.
Anna Tof, Anna Tof de Raspail (articles de presse) pour présentation de disques (notamment le 45 tours chez Fontana N° 460.574).
Claude Varnier (articles de presse) et pour Et dire qu'ils achètent des voitures neuves.
Ce sont tous les pseudonymes qu’il utilisera tout au long de sa vie dans les différentes activités artistiques qu’il explorera… et découvrira. Mais Voyons voir d’un peu plus près… et commençons du début…
SON ENFANCE
Boris Vian est né le 10 MARS 1920 à Ville D’Avray. C’est le deuxième enfant d’une famille de quatre. Lelio, Boris, Alain et Ninon. Ses parents se nomment Yvonne Ravenez que la famille surnommera affectueusement la Mère Pouche et Paul Vian, le père.
Paul Vian est rentier. Il sera ruiné après d’obscures manipulations boursières en 1933 et exercera divers métiers dont représentant en produits homéopathiques et démarcheur pour une agence immobilière. Paul Vian est assassiné le 22 novembre 1944 par des inconnus dans sa cuisine. On ne saura jamais qui étaient ces visiteurs nocturnes.
Boris naît dans un magnifique hôtel particulier loué par Paul Vian sur les hauteurs de Ville D’ Avray.Puis il achètera la villa « les fauvettes » rue Pradier toujours à Ville D’Avray. Ses parents sont riches et aimants.Et les jours dans la villa de Ville D’Avray sont des journées de réjouissances et de bonheur. Boris a pour ami et voisin le fils de Jean Rostand, François. Plus tard en 29 quand Paul le père sera ruiné la villa sera vendue au Menuhin et Boris sera l’ami du futur génie violoniste Yehudi Menuhin. La famille s’étant installée pas très loin de la villa dans le logement du portier. Plus tard quand les enfants auront grandi, Paul Vian construira au fond du jardin une salle de bal reliée à la maison par un système de sonorisation. Cela mérite d’être dit, car dans cette salle de bal se dérouleront de mémorables surprises party qui émaillent par ci pas là les romans de Boris Vian.
Boris Vian gardera de sa jeunesse le souvenir de vacances perpétuelles. Les jardins de Ville D’Avray, les bois tout près les jeux de plein air, un père qui était un bon copain.
Alain est un boute-en-train, très clown. Il sera le complice et l’émule de Boris à St Germain des Près. L’existence était gaie, légère et douce.
Les vacances se passent toujours à LANDEMER en NORMANDIE.
ÉDUCATION ET SCOLARITE.
Boris Vian fut élevé dans le complet mépris de l’armée de l’église et de l’argent. C’est une institutrice privée que Paul Vian confiera les bases de l’écriture et de la lecture à ses enfants.
Boris sut lire couramment à 5 ans. À 8 ans, il a déjà lu une grande partie de la littérature française des origines à Guy de Maupassant. Il continue sa scolarité au Lycée de Sèvres, puis au Lycée Hoche à Versailles à partir de la troisième, puis au lycée Condorcet à Paris en études classiques latin grec allemand. De surcroît, comme son père, il manie parfaitement la langue anglaise. Plus tard il se perfectionnera avec sa première femme Michelle Léglise et se lancera dans des traductions de romans de science fiction ou policiers, mais on en reparlera aussi. Il passe son baccalauréat latin grec à 15 ans avec dispense. À 17 ans, il obtient son baccalauréat de philosophie et de Mathématiques. Il est important de souligner que Boris est un enfant fragile. À 12 ans à la suite d’une angine infectieuse, on lui découvre des difficultés cardiaques. Et l’année de son premier bac, il contracte une fièvre typhoïde qui lui laissera des séquelles.
La Maladie sera une des premières compagnes de Boris. Elle sera en lui toute sa vie comme le nénuphar qui grandit dans la poitrine de Chloé de L’écume des jours.
Mais nous y reviendrons plus tard .
Pour découvrir et comprendre Boris Vian, il est préférable de le cerner par ses différentes activités qui ne viennent pas les unes a la suite des autres, mais qui sont entremêlées et qui prennent corps au fil de la courte vie de Boris Vian. En fait, ce sont les rencontres, les circonstances qui font que BORIS sera aussi bien romancier, que chansonnier, qu’inventeur, musicien, traducteur, figurant et acteur, peintre, compositeur d’opéra, créateur du collège de pataphysique conférencier, directeur artistique etc… etc…
Les COPAINS
Boris Vian a toujours été très entourés d’amis et les filles, comme tout adolescent reste une de ses principales préoccupations.. Boris a appris à jouer de la trompette seul. Il a découvert le jazz par la radio et est fan de Duke Ellington. Il aime danser et flirter.Quand il prépare centrale, il monte son premier orchestre avec ses frères Alain à la batterie et Lelio à la guitare. Et dans le pavillon que son père a construit au fond du jardin, il organise des surprises party deux fois par semaine pendant 5 ans, non seulement pour y jouer de la musique avec ses frères, mais surtout pour draguer. C’est comme ça qu’il rencontre MONETTE sa première petit amie qu’il retrouve lors des vacances normandes où il fait les 400 coups. Nous sommes en 39, juste avant la guerre.
Parmi les amis il y a ZIZI mais surtout Jacques Loustalot dit le Major, il est important de s’arrêter un peu sur cet ami-là, car il aura une certaine influence sur Boris et ce sera à n’en point douter son ami le plus cher. Il fait sa connaissance à 15 ans, le major en paraît 20. De plus il apparaît dans nombre de romans. les objets vivants dans vercoquin et le plancton, l’automne à Pékin, l’écume des jours c’est au Major que Boris les a empruntés. Boris admirait le major, sorte de personnage fantasque et borgne qui jouait avec son œil de verre, il l’ôtait et l’avalait pour effrayer les demoiselles, il allumait ses cigarettes et jetait systématiquement le briquet. C’est un excellent danseur qui aime le jazz et c’est aussi un buveur invétéré. Il est de toutes les surprises party organisées par les Vian à Ville D’Avray. Quand Boris fera partie de l’orchestre de jazz de Claude Abadie le major sera là comme une ombre, un garde du corps, un double.Boris en visage même d’écrire en vers la geste du major dans un recueil de poèmes qui devait s’appeler Un seul major Un sol majeur. Huit pièces manuscrites de ce projet existent.
Le major par habitude et par provocation avait l’habitude de quitter les soirées en passant par la fenêtre ou en se laissant glisser sur la façade après avoir confectionné une corde avec les draps de lits de la maison. Le 7 janvier 1948, en quittant une soirée le major passe par la fenêtre et se tue. Le major parlait du suicide comme d’une idée pas plus bête qu’une autre. On ne saura jamais s’il voulut mourir ou se donner encore une fois un peu d’exercice pour une ultime voltige.
TOUS les romans de Boris Vian portent la trace du major. Toutes les histoires racontées sont vraies. Car la réalité du major était la réalité dans laquelle se mouvait Boris Vian. Boris Vian. Le major n’a pas influencé Boris seulement en lui fournissant des anecdotes, des mots, un « type » c’est tout un style de vie que Boris appréciait chez le Major et cette dérision où il se tenait par rapport aux usages et aux penseurs de nos contemporains. Boris fut très affecté par la mort du major. Ce jeune oisif riche aimable intelligent sensible préféra se perdre dans son propre délire peuplé de jolies filles et de bons copains plutôt que de se soumettre à un monde dont il avait mesuré l’absurdité atroce et morne.
L’INGENIEUR, l’inventeur
C’est en 1939 que Boris entre en 1ere année à l’école centrale à Angoulême. La deuxième année pour cause d’occupation allemande l’école centrale revient à Paris. Boris termine sa troisième année en juin 42 reçu 54 eme sur 72 de sa promotion, il obtient sa peau d’âne (c’est ainsi qu’on appelle les diplômés de centrale) en section métallurgie.
Sa première œuvre écrite et publiée (ronéotypée.) s’intitulait
Pysiochimie des produits métallurgiques ( 160 pages)
À l’école centrale Boris met en projet divers travaux :
Un projet de récupérateur pour un groupe évaporatoire (24 page)
Un projet de poupée de tour (5 pages)
Un projet de pont métallique pour chemin de fer à voie unique (25 pages)
Un projet de restaurant ouvrier (11pages)
Et quelques exercices de virtuosité aux compas et crayons de couleurs.
Boris doit quand même s’ennuyer ferme à Centrale, et quand Boris s’ennuie, il écrit. La plus ancienne chanson qu’il ait écrite s’appelle : « la chanson des pistons » 23 couplets. Il y épingle tous ses collègues qui travaillent avec lui et lui-même dans l’ultime couplet où il nous dévoile son surnom Bison Ravi qui n’est autre que l’anagramme de Boris Vian.
Une deuxième chanson des pistons voit le jour et c’est une chanson pornographique, mais elle n’est jamais tombée dans le domaine public.
Boris cherche du boulot avec son diplôme de centrale dans des usines de ventilateurs silencieux, chez de Dietrich, aux ateliers des chantiers de la Loire, au service du contrôle économique.
Il dépose même une invention géniale : un procédé qui permet l’éclusage dans l’utilisation des grands canaux. Cela consiste à arrêter le canal à 10 Km de son aboutissement et à transporter le navire au-delà sur chariot et rails.
Mais avec son diplôme de Centrale il entre en 1942 à l’afnor (Association française de normalisation) et c’est là que Boris entamera ses premiers récits, ses premiers romans pour cause d’ennui profond. Il est affecté à la normalisation de la verrerie. (Les goulots de bouteilles doivent avoir tous le même diamètre etc… Passionnant non ?)
À l’AFNOR grâce à l’utilisation du tiroir du bas de son bureau, celui où on peut poser le pied pour écrire, Boris rédige ce qui deviendra son premier roman officiel Vercoquin et le plancton qui n’est que le reflet à peine travesti de l’absurdité organique qui régnait à l’AFNOR.
Boris n’y a que des ennemis car il se permet en outre de corriger les fautes de français de ses supérieurs hiérarchiques. Et son chef un certain Monsieur LHOSTE de même que ses collègues auront même droit à un poème en vers et alexandrins, dithyrambique et sarcastique.
Ô l’hoste Ô président que ce chant sans valeur
Te célèbre bien haut paternel directeur
Et fasse résonner dans l’univers énorme
Le nom très vénéré du maître de la Norme
Et puisqu’il est à l’Afnor et qu’il s’ennuie Boris rédigera même une NORME DES INJURES
Le 15 février 1946 Boris démissionne de l’AFNOR. Il entre à l’OFFICE PROFESSIONNELS DES INDUSTRIES ET DES COMMERCES DU PAPIER ET DU CARTON. Il y entre grâce à un ami musicien Claude Léon qui y travaille et qui lui assure qu’il n’y a rien à foutre. Théoriquement, Boris, dans le même bureau que Claude doit s’occuper de la mécanique et de la physique. Théoriquement seulement ; car le bureau de Boris a toujours un dernier tiroir où l’on peut y poser le pied. Il y écrit beaucoup. Il termine l’écume des jours et rédige entièrement l’automne à Pékin qui regorge d’épigraphes directement empruntées aux livres techniques traitant du papier.
Boris est licencié le 26 juin 1947.
Il ne travaillera jamais plus dans des sociétés issues de sa formation d’ingénieur, mais quelque part il restera ingénieur toute sa vie, tant par son imagination romanesque que dans des activités réelles. C’est en ingénieur qu’il aimera l’automobile, en ingénieur qu’il concevra la petite chambre du 8 bd de Clichy où il habitera en 1952. Il est en quelque sorte le premier concepteur de la mezzanine : un lit monté sur 4 colonnes et au-dessous duquel on pouvait installer bibliothèque tables et fauteuils. À la cité Véron en 1953 où il habitera avec Ursula en 1953, il construit un faux étage intérieur, il dessine et fabrique une bonne partie du mobilier et une chaise rien que pour lui qui lui permet en fin de « savoir où mettre ses jambes. »
Et pour terminer ce chapitre sur l’inventeur Boris Vian, sachez que, le 18 décembre 1953, il dépose le brevet d’invention de la roue élastique pour laquelle il entreprend des démarches aux Etats-unis de s’en faire reconnaître la propriété.
LE MUSICIEN
C’est par la radio que Boris découvre le jazz. Il est fan de Duke Ellington. Pour lui le jazz est synonyme de lumière d’oxygène et d’espérance de liberté. Il apprend la trompette tout seul.Il a un style particulier car il joue de la trompette sur le côté des lèvres comme Bix Beiderbeke un jazz man blanc mort en 1931.
C’est son ami Claude Leone qui le présente à Claude ABADIE banquier et polytechnicien qui l’invite à jouer dans son orchestre. L’orchestre Claude ABADIE joue au Royal Villers. L’orchestre se revendique amateur : « Nous sommes des amateurs, des amateurs marrons sans doute mais des amateurs ! » revendique BORIS. Pourquoi amateurs ? parce qu’ils revendiquent une indépendance et se font payer de diverses manières ; au cachet, au pourcentage et surtout … en nature, c’est-à-dire en nourriture. Nous sommes dans la période d’après guerre et la nourriture, la bouffe valait de l’or. Ils jouent comme ils l’entendent par plaisir sans programme pré-établi ; ce qui leur vaut de se faire virer des établissements où ils se produisent. Au Royal Villers comme le patron ne veut pas les payer, ils repartent en enlevant 3 marteaux au piano.En 1942, Voilà Claude ABADIE intronisé a Vile D’Avray : Lelio à la guitare, Alain Vian à la batterie et Boris a la trompette. Pendant un temps l’orchestre se nomme même L’orchestre ABADIE-VIAN. Par la suite, vers la fin de la guerre L’orchestre ABADIE s‘étoffe, il est reconnu comme le premier orchestre maintenant le jazz en France.Il faut comprendre que durant la guerre les nazis ayant proscrit les disques de jazz, musique décadente et corruptrice, il était très difficile de se procurer des disques et d’apprendre les morceaux. L’orchestre ABADIE jouera pour l’armée américaine au Rainbow Corner où l’orchestre est payé en sandwiches énormes, doughnuts, omelettes, chocolat café… Après 4 ans de famine c’était la belle vie. Ils jouent à leur façon et ce qu’ils veulent, même si l’armée américaine ne leur réclame que Besame Mucho, ils jouent leur jazz, principalement du Duke Ellington et finalement comme les soldats ne veulent que danser et draguer tout va bien ! Après le Rainbow corner l’orchestre va jouer dans diverses cantines de l’armée américaine. Et le service spécial de l’armée américaine leur organise une tournée parisienne et ils jouent même à l’hôpital psychiatrique de Villejuif.
L’orchestre joue même à Bruxelles au premier tournoi amateur organisé par Jazz Hot club de Belgique. L’orchestre Abadie remporte tous les prix. En 1944, Boris fait la connaissance de Claude Luter.
Depuis la libération L’orchestre ABADIE qui a opté pour le style New Orleans gagne en notoriété, remportant prix sur prix. Il jouera même à Pleyel.
Durant cette période Boris fait la connaissance D’Eddy Barclay avec qui il joue parfois. L’orchestre s’exhibe dans différents endroits, grande salle ou petits bals, petits festivals ou Nuits du jazz organisés par diverses écoles. En France en Belgique… Tout est jazz. Boris tient la rubrique jazz au journal COMBAT.
Entre deux concerts, il découvre un trompettiste merveilleux : Miles DAVIS.
Boris ironise aux journalistes : « Chaque souffle dans ma trompette abrège mes jours. » Ce n’est pas une plaisanterie, les médecins le préviennent répétitions, déplacements, engagements de longue durée risquent de nuire à sa santé fragile. Bien que bon nombre de photos le montre soufflant dans son cornet, la carrière de Boris s’achève. Le dernier concert a lieu à Chartres en 1951. Après le concert, Boris fait cadeau de sa trompette à Claude Leon. Mais Boris ne rompt pas avec le jazz, il écrira des articles dans JAZZ HOT et plus tard chez Philips. De cette décennie musicale, bien que plusieurs enregistrements aient été réalisés. Un seul sera compressé et gravé sur microsillons chez Pathé Marconi pour la marque SWING.Il sera commercialisé en 1946 et reçoit une critique élogieuse aux Etats unis. C’est un disque rare et collector. Videz vos greniers.
Henri Salvador dira de Boris : Il était amoureux du jazz, il ne vivait que par le jazz, il entendait jazz, il s’exprimait jazz.
Bien sûr Beaucoup associent le Boris Vian Musicien à la folie St germain des Prés d’ après Guerre. Patrick Winzelle va nous éclairer sur cette période sur l’implication de Boris.
LE ROMANCIER AMERICAIN
C’est en vacances en Vendée par défi et pour aider un ami éditeur, Jean Halluin, un peu sur la paille que Boris Vian écrira en moins de 10 jours, J’irai cracher sur vos tombes.
La mode est à la littérature américaine et Boris lance à jean Halluin : « Un best seller ? Donne moi 10 jours et je t’en fabrique un ! » Le projet était au départ qu’une opération commerciale qui devait générer des bénéfices. Il s’inventa un pseudonyme Vernon Sullivan : Vernon à cause d’un ami étudiant en pharmacie et musicien de l’orchestre ABADIE et Sullivan à cause de Joe Sullivan pianiste jazz de Chicago. Vernon Sullivan sera traduit par Boris Vian. Le canular amusait beaucoup Boris.
L’histoire :Le narrateur est un métis qui n’a plus aucun caractère physique du noir et peut se faire passer pour un blanc. Il lui faut venger son frère qui a péri des mauvais traitements des blancs. Il choisira donc de coucher avec deux belles filles blanches et riches et de leur révéler après qu’il est noir avant de les tuer. »
Boris ne savait pas que ce roman serait son boulet et que Vernon Sullivan éclipserait Vian romancier que Boris rêvait d’être. Au début de sa sortie, le roman passe un peu inaperçu. Mais le cartel d’action sociale et de morale porte plainte pour incitation à la débauche des adolescents. En effet, le roman va connaître un succès incroyable. Un fait divers ajoute à ce parfum de scandale dont se délecte la presse. Le livre ouvert à la page d’un meurtre est retrouvé près du cadavre d’une femme tué par son amant, un représentant de commerce. Dès lors, les ligues de vertus épinglent le traducteur. Le roman est taxé de pornographique, de sadique. Il est interdit. Il se vend sous le manteau. Boris s’en amuse et il pousse le canular jusqu’à faire publier l’original comme si Vernon Sullivan existait bel et bien:
« I shall spit on your graves. »
Tout en luttant tout de même contre la morale bien pensante, il en est le traducteur après tout,
Boris Vian est tout de même condamné en 1950 pour outrage aux bonnes mœurs. Mais, il continue à donner de l’existence à Vernon Sullivan en écrivant d’autres romans :
« Les morts ont tous la même peau. » Et on tuera tous les affreux. » « Elles se rendent pas compte »
En Novembre 48, après des attaques en règle des ligues de vertuss, des enquêtes de presse sur l’existence de Vernon Sullivan, Boris devant un juge d’instruction avoue etre l’auteur réel de J’irai cracher sur vos tombes. La justice sera saisie. Boris risquait 2 ans de prisons et 300 000 Francs d’amende. Boris est condmané à 100 000 francs d’amende pour outrage aux bonnes moeurs et l’interdiction des ventes du livre. MAIS, aidé par un bon avocat, Me Izard, d’appel en appel le procès s’étendra sur 3 ans, jusqu’en octobre 1953 où Boris fut condamné à 15 jours de prison… MAIS, la peine est amnistié et tout ce charivrari judiciaire se terminera comme un soufflé raté. Le casier de Boris restait vierge. L’œuvre de Vernon Sullivan rapportera aux Editions du scorpion, entre 1946 et 1950 : 4 342 183 F MAIS après déduction des avances et des droits d’auteurs, il ne restera que 142 152 ff. Boris ayant tout consommé de ses avances sur les droits d’auteurs.
Le livre engendrera un pièce. Boris la signera de son nom et non plus de son pseudo. Mais sur les murs de PARIS pour la publicité, on empeche d’écrire le titre tjs par souci de bienséance. On écrit « LA PIECE DE BORIS VIAN ». Après avoir pensé à divers comédiens et comédiennes pour le rôles : Montand, Martine Carol, et même Juliette Gréco… c’est finalement Daniel Ivernel qui tient le rôle titre. La pièce est mal montée, les critiques la descendent n’ayant pas trouvé ce qu’il venait chercher à savoir du sexe et de la violence. LA pièce est retirée de l’affiche au boiy de trois mois. On parle d’en faire un film, Boris déclare : « Ne me parlez pas de malheur… »
Pour faire court, le film se fera, Boris n’ayant que très peu à donner son avis, sur le scénario et le traitement du film. Il demande même que son nom soit retiré du film et de l’affiche. On sait que c’est durant la projection de ce film qu’il mourra le 23 Juin 1959. Parti d’un canular en définitive Vernon Sullivan n’aura fait que géner Boris Vian d’etre l’auteur littéraire qu’il était et qu’on ne découvrira que vers le milieu des années 60.
L’HOMME DE VARIETES
Une autre corde à l’arc du créateur multiforme qu’est Boris Vian, c’est la radio. L’emission la plus ancienne s’intitule : Les petites vacances : Boris y jouait le rôle d’un phoque qui mangeait les petits enfants. Mais l’émission la plus retentissante fut carte Blanche à Boris Vian. Elle est diffusée le 21 octobre 1947 sous le nom de Radio Massacre. Boris eut préféré Radio Partouze, mais… la censure… etc… 5 millions d’auditeurs l’ont suivi jusqu’en suisse Romande. C’est une émission exceptionnellement longue pour l’époque : plus d’une heure et demi. Boris s’est beaucoup diverti à l’écrire.
Cela représentait une Série de sketches confiés à des comédiens et aussi bien sûr du jazz encore du jazz ! En fait, l’émission se présentait comme si Boris et sa bande avait piraté la Radiodiffusion Française. Bruitages de toutes sortes, poèmes iconoclastes, délires verbaux, entrecoupés de jazz joué en direct. Naturellement, beaucoup de bien pensants hurlèrent au scandale et d’autres qualifièrent la musique diffusée de « musique de sauvages. »
Boris apparaitrai dans d’autres émissions Le procès de pontiffes sur PARIS INTER où il assurera dans un lon monologue la défense de Jean Cocteau
Et en 1956, dans une émission célèbre intitulée LA BRIDE SUR LE COU, Boris dans un simulacre d’interview réglait ses comptes à la censure qui l’accablait tout le temps.
Il écrivit au milieu des années 50 toute une série de sketches qui furent joués par Yves Robert et sa compagnie à La ROSE ROUGE.
LE ROMANCIER
C’est le chapitre où apparaît le Vian que l’on connaît. Pourtant, c’est un chapitre assez aigre doux, car Boris n’a jamais été de son vivant le romancier reconnu qu’il rêvait d’etre. Il ne jouait pourtant pas à l’artiste maudit. Il faut bien dire ici que Boris ne crachait pas sur la reconnaissance et sur le succès. La nuance à apporter est la suivante : il méprisait le succès facile et la concession au succès. Les succès dont il a joui l’ont rendu très heureux. Ses échecs, très malheureux. Et la littérature fait hélas partie des échecs de Boris.
5 ROMANS ET UN RECUEIl DE NOUVELLES sont publiés du vivant de Boris :
VERCOQUIN ET LE PLANCTON, L’ECUME DES JOURS, L’AUTOMNE A PEKIN, LES FOURMIS, L’HERBE ROUGE, L’ARRACHE CŒUR,
TROUBLES DANS LES ANDAINS serait son premier roman. Il reste inachevé de son vivant.
Toutes les œuvres de Boris Vian sont des œuvres de jeunesse, puisque Boris Vian est mort jeune. Il le dit lui même : « j’ai commencé à écrire à 23 ans. Je voulais raconter des histoires que les gens n’avaient jamais lues. » Il ajoutera que c’était une connerie de penser cela car les gens n’aiment que ce qu’ils connaissent déjà.
La première écriture de Vian selon Michelle Léglise sa première femme, serait un conte à la manière d’Andersen intitulé Conte de fée à l’usage des moyennes personnes. L’histoire d’un chevalier qui part comme en croisade à la recherche d’un kilo de sucre. Anachronismes, et délires sont bien sûr les ingrédients de ce conte jamais publié.
En fait Boris jetait une idée sur le papier et celle-ci pouvait se muer en roman, en chansons ou en ballet, en opéra ou bien simultanément une idée pouvait etre traité sur des modes multiples. Le titre changeait en cours de route, l’herbe rouge, fut appelé les images mortes, la tete vide ou le ciel crevé.
Les batisseurs d’empire pièce dethéâtre fut au départ une idée de roman.
L’écriture de roman est une vocation tardive, mais la plus importante avec son travail de musicien.
EN 1946 Avec Vercoquin et le plancton Boris espérait décrocher le prix de la pléiade qui s’octroyait que sur manuscrit. Il ne l’a pas. Il est déçu. Plus tard il en sera de même pour l’écume des jours.
Mis à part Vercoquin et le plancton et l’écume des jours publiés en 1947 par Gallimard tous les romans de Vian n’ont connu que des petits éditeurs et se sont vendus à moins de 300 exemplaires à chaque fois. Ce n’est qu’après 1968, que l’oeuvre littéraire de Vian connaitra un retentissant succès. L’écume des jours des est un livre symbole pour toute une partie de la jeunesse qui se retrouve dans l’amour moribond des personnages de Colin et Chloé. Chloé étant affecté d’une singulière maladie, un nénuphar qui fait que son univers se rapetisse à mesure que le nénuphar grandit.
L’arrache cœur, le dernier roman que Boris Vian verra paraître de son vivant, est considéré par beaucoup de Vianophile comme un roman autobiographique. Œuvre surréaliste, poétique c’est l’imaginaire au pouvoir des mots. Il faut se délecter de la foire aux vieux entre autres et des trouivaillles littéraire, poétiques, surréaliste dont regorge ce roman incontournable.
L’histoire d’une mère qui laisse ses enfants libres durant leur petit enfance mais qui finira par les enfermer dans des cages au fur et à mesure que se développe leur personnalité.
Ce roman devait etre le troisième roman de Vian, mais il s’étoffera de 1947 à 1951 avant d’être publié sous sa forme définitive en 1953. Jusqu’en 1951 il conservera son titre d’origine : les fillettes de la reine. C’est Raymond Queneau qui en signe la préface et considère le livre comme un chef d’œuvre. Mais Gallimard le refuse. Boris écrit dans ses carnets intimes : « Je ne peux pas leur en vouloir, je sais que c’est difficile à lire mais c’est le fond qui leur paraît fabriqué. C’est drôle quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère et quand j’écris pour de vrai on croit que je blague. »
Le livre est publié chez un petit éditeur PRO -FRANCIA et à peine 300 exemplaires en sont vendus. Boris Vian ne sera jamais considéré comme un écrivain à part entière. Boris en souffrit au point qu’il abandonna l’écriture comme il abandonna pour raison de santé la trompette. Boris fait le deuil de sa littérature.
Mais l’arc de Boris a fort heureusement de nombreuses cordes…
La rencontre avec sa deuxième femme Ursula Kubler va lui donner un souffle nouveau dans sa rage créatrice. Voilà comment elle raconte sa rencontre avec Vian.
L’intégralité de cet entretien a été publié dans le Nouvel Observateur .
Comment avez-vous rencontré Boris Vian?
Ursula Vian Kübler. –C’était lors d’un cocktail, chez Gallimard. J’habitais alors à Paris, après avoir vécu en Suède et à Zurich. Je logeais dans une pension pour jeunes filles de bonne famille, avenue des Champs-Elysées. J’avais 19 ans, je prenais des cours de danse au studio Vacaire, où tous les danseurs allaient s’entraîner. Il y avait Roland Petit, Maurice Béjart, Zizi Jeanmaire.
N. O. –Quelle a été votre première impression en le voyant?
U. Vian Kübler. – Il était très séduisant, très pâle, grand, avec un beau sourire. Je ne savais pas encore qui il était. Je l’ai revu chez lui, avec Django Reinhardt. Parlotte de ceci, petite parlotte de cela. Il avait une réputation très sulfureuse à l’époque. On m’avait dit: c’est le diable.
Le couple s’installe cité Véron et Boris retrouve sa passion d’inventeur pour aménager le petit appartement au 8 eme étage avec terrasse qu’il partage avec Jacques Prévert. Et de surcroit Boris se lance dans la traduction de 1950 à 1955
LE TRADUCTEUR
Cette activité lui permet de faire face à d’innombrables soucis financiers.
Voici les principales œuvres traduites par Boris Vian,
Le Grand Horloger de Kenneth Fearing, L’histoire du soldat de Omar Bradley, estune corvée. Il traduit en deux semaines les 900 pages général Bradley. Comme il n’écrivait pas à la machine, mais à la main, il a la crampe de l’écrivain. Puis il traduit du théatre :Madeloiselle Julie de Strindberg, le client du matin de brendan behan mis en scène par georges wilson de la science fiction : Le monde de Non A et les aventures de Non A de Van Vogt, mais aussi assimov, Bradbury, clifford Simak et du polar : l’homme aux bras d’or de Nelson algren, Le grand sommeil de Chandler…
Parallèlement le voilà également chroniqueur.
LE CHRONIQUEUR
Dès 1946 Boris rédige des articles pour différentes revues des plus sérieuses aux plus populaires.
Une des premières chroniques de Vian paraît dans les temps modernes en juin 46. Les temps modernes est une revue intellectuelle dans laquelle signent de très grands noms : Jean Paul Sartre ( Jean Sol Parte dans l’écume des jours .), Simone de Beauvoir, Merleau Ponty etc… qui se transformeront au gré de sa plume en «Merloir de Beauvartre», «Pontartre de Merlebeauvy», «Sarvoir de Perteaumilon», «Beaupont de Sarmertrelepy», «Ponbeaumerle de Sarvoirtre», et autre «Merboitre de Ponteausavoir».
Il donne à ses chroniques le titre de « Chroniques du menteur » On ne détaillera pas les chroniques ici elles sont répertoriés et dans Textes et chansons et édités par Christian Bourgois en 1974 dans un chapitres à part.les premières chroniques sont signés d’un pseudonyme Hugo Hachebuisson direcdtement emruntés à Groucho Marx dans la soupe au canard : Dr Hackenbush. Boris affectionnait les pseudos et les anagrammes . je vous en donnerai quelques-uns plus tard.
Franche Dimanche en 1947 voudra même récupérer les chroniques de Vian qui projetait de faire des revues à la couverture odorante : pain brûlé vômi chien mouillé entre cuissse de nymphe aisselles après l’orage et un tirage spécial au papier hygiénique pour lire aux cabinets. Encore des délires surréaliste qui ne virent pas le jour et qui scellera son désaccord avec les temps Modernes.
C’est parce qu’il voulait moderniser la revue les temps Modernes qu’il se verra remercié et en quelque sorte viré. Mais, il écrira aussi dans les amis des arts, dans Constellation, sur le cinéma dans « l’âge d’or » une revue de cinéma dirigé pas René Château, il collaborera à un hebdomadaire La rue, revue libre où écrivaient de grands noms comme Jean Genet, Raymond Queneau, Mouloudji, Juliette Gréco entre autres, d’autres articles paraissent simultanément ou plus tard dans un hebdomadaire humoristique Clartés…
Boris Vian rencontrera Claude Luter le clarinettiste de jazz lors d’une soirée chez Claude Gallimard et il écrira sa première chronique de jazz dans Jazz Hot. Il le fait bénévolement, l’amour au jazz est toujours prégnant. Il y écrira même en 1948 un conte dans Jazz HOT intitulé en rond autour de minuit. AROUND MIDNIGHT ça vous dit quelque chose ?
… Il y règle quelque peu ses comptes en matières d’amitiés et d’inimitiés dans le milieu jazz.
Qu’on ne s’y trompe pas, Boris ne se positionne jamais dans ses chroniques comme un donneur de leçons à la Nauleau Zemmour, un critique au-dessus de tout soupçon, Il s’est toujours tenu à l’écart des débats littéraires. Il doit faire bouillir la soupe comme il dit.
Dans ses carnets privés, il écrit :
« On ne peut pas faire un article formidable sur ce quelqu’un d’autre a créé : ça reste de la critique. La critique, c’est pas formidable, c’est de l’analyse. C’est un art d’égocentrique. C’est pas humain. Tous ces disséqueurs, ils se regardent en transparence à travers les œuvres dont ils parlent ; quand ils ont tout bien démoli c’est clair comme de l’eau et ils se voient en entier et ils bichent. »
LE POETE
Depuis les bouts rimés de Ville d’Avray, Boris s’est tjs comporté en poête.
On a l’impression quand on a entendu parlé de Vian que sa production poétique est énorme. En fait, elle se répartie en 3 périodes :
de 1940 à 1944 : 112 poêmes intitulés les CENTS SONNETS illustré par son beau frère Claude Léglise.
1946-1948 deux séries de poèmes BARNUMS’S DIGEST ET CANTILENES EN GELEES illustrés par Jean Bouillet et Christiane Alanor
1952-1953 le cycles des poêmes posthumes réunis sous le titre de Je ne voudrais pas crever.
On aura bien compris à ce stade, que toutes les activités de Vian étant entremêlées, la section poétique s’inscrit en filigrane tout au long de sa vie.
Et si on en écoutait quelques uns ? Difficile de choisir alors on va le faire à la Vian… en ouvrant au hasard.
LE THEATRE
J’irai cracher sur vos tombes, l’équarissage pour tous, le dernier des métiers, les bâtisseurs d’empire, le goûter des généraux, série blême, tête de méduse, le chasseur français, toutes ces pièces de Boris Vian ont été jouées avec des fortunes diverses.
Si vous voulez connaître par le détail le texte de ces pièces elles sont toutes edités dans le livre de poche.
Tete de méduse a été écrite en 1951e te montée dans les années 70… C’est de la comédie de Boulevard . Tout y est le mari, le cocu, la femme adultère, l’amant… mais façon Vian c’est un vaudeville d’épouvante.. L’amant a la tete recouverte d’un énorme pansement entre les spires duquel on lui introduit tous les quart d’heure une tartine de roquefort.
Une autre moins connue est série Blême de 1954. ( série blème est une lointaine cousine de la série noire) C’est une tragédie d’abattoir. On y assiste a une douzaine de meurtres commis par le même assassin. ( explosifs, poison, poignard, asphyxie, pendaison, arrachement de la langue…) L’auteur de ces méfaits est James Monroe est n’est autre que le frère de Maryline Monroe. Il vit en montagne mais son repos est troublé par les survivants d’un crash d’avion. Ce sont eux qui seront supprimés au cours de la pièce.
en 1955 Boris s’essaye aussi à la comédie musicale avec Chasseur Français. Genre qu’il crée en quelque sorte en France, car cela n’existait qu’aux Etats Unis.
L’équarissage pour tous, sa pièce la plus connue, a été achevé le 15 avril 1947. Elle a failli etre un livre d’abord. Les assiégés.
Pour les batisseurs d’empire dans laquelle apparaît le personnage du schmürz. Les critiques malintentionnés voyaient dans ce personnage un arabe parce que la guerre d’Algérie battait son plein et qu’on cassait du bougnoul a tour de bras. Mais c’est fondamentalement une sottise car la pièce a été imaginée sous forme de roman au moment de l’indochine.
LES CHANSONS
On évalue à près de 400 le nombre de chansons écrites par Boris. Avec Henri Salvador, il en aura écrit 82, les premiers rocks viennent de cette collaboration, grâce aussi à Michel Legrand qui a ramené des Etats Unis les premiers disques Rock d’un certain Elvis Presley. Henri Salvador a le pseudonyme de Henry Cording, Boris Vian devient Vernon Sinclair et Michel Legrand : Mig Bike. Entre le 31 mai et le 5 juin, ce nouveau rythme fait deux nouveaux adeptes : Henri Salvador et Boris Vian. En une après-midi, et en rigolant comme des fous, nos trois compères écrivent et composent les quatre premiers rock'n and roll français à 100% : Rock and Roll Mops, Rock hoquet, va te faire cuire un œuf man Dis moi que tu m’aimes Rock.
D’autres titres célébres co écrit par Boris et Henri salvador sont : le blues du dentiste, Moi je préfère la marche à pied et faut rigoler. Henri Salvador confessait dans un interview :
« Il m’a appris bien des choses. Il avait une grande emprise sur moi…C’était magique, il prenait un crayon te il écrivaot les paroles aussi vite que je composais la musique.… Je me rappelle qu’un jour nous avons composé 4 calypsos en vingt minutes ! … »
A la suite d’un article de jazz, Boris se lie d’amitié avec Jacques Canette un directeur artistique et directeur du théâtre des 3 baudets. Canetti est comme tout le monde fasciné par Boris. Il lui propose de s’occuper en tant que vacataire du catalogue de Jazz de Chez Pillips et un peu plus tard Boris sera directeur artistique de 1955 à 1958 pour les disques phillips et Fontana. Une anecdote peu connue : C’est Boris Vian qui auditionna pour la première fois Brigitte Bardot alors vedette montante. Il lui écrivit des chansons qu’elle n’enregistra pas car elle était très prise par le cinéma. Mais son envie de chanter vient de là…
Puis, plus tard il le fera monter sur la scène des trois baudets pour y interpréter ses chansons. Boris est très traqueur, et sontour de chant de 20 minutes ne plait pas à tout le monde, car Boris y interprête une chanson anti-militariste qui provoque des remous : le déserteur. Boris Vian a publié sa chanson le 7 mai 1954, jour de la défaite de la France dans la bataille de Điện Biên Phủ qui marque la fin de la guerre d’Indochine. Mouloudji aurait conseillé à Boris Vian de remplacer les deux derniers vers :
Que je tiendrai une arme / Et que je sais tirerpar : Que je n’aurai pas d’armes / Et qu’ils pourront tirer, afin de conserver le côté pacifiste de la chanson. Cependant, selon un ami de Harold Berg, l’original de la chanson aurait contenu les vers pacifistes dès l'origine. Mais Nicole Berthold la mémoire Vian puisqu’elle s’occuppe de la fondation Vian Cité Véron à Paris, m’a assuré posséder le manuscrit original de la chanson et que les derniers vers sont :
Que j’emporte des armes et que je sais tirer.
Elle me précisera que Boris etant Pataphysicien, que les deux aphorismes pour un pataphysicien, ont exactement la même signification.
Personne ne chantera le deserteur du vivant de Vian excpeté de Lui même et Mouloudji qui n’acceptera qu’à la seule condition de remplacer Monsieur le Président par Mesieurs qu’on n’omme grands, car à l’époque s’adresser directement dans une chanson au Président de la république relevait d’un délit.
En tournée, il fait la première partie de Fernand Reynaud, le public est hostile et empêche souvent Boris de chanter. Les anciens combattants l’oblifgent à arreter sa tournée à Dinard. Boris arrete de chanter, encore un nouveau deuil artistique. La chanson sera interdite jusqu’en 1962 et reste brûlante puisqu’en 1999 une directrice d’école fut suspendue à vie de toute direction d’établissement pour l'avoir fait chanter à deux élèves le 8 mai 1999 pour commémorer la capitulation allemande du 8 mai 1945.
Mais d’autres chansons de Boris passeront à la postérité et seront reprises par divers artistes : Des Charlots à Johnny Hallyday en passant par Bernard Lavilliers et même Carla Bruni…
Les plus célèbres : Johnny fais moi mal… LE tango des Bouchers de la Villette… J’suis snob… la complainte du progrès… On n’est pas la pour se faire engueuler… la java des bombes atomiques… J’suis snob… le cinématographe etc…
C’est ALAIN GORAGUER qui deviendra l’arrangeur et le pianiste de jean Ferrat qui l’accompagnera sur scène cosignera certaines de ses chansons. Mais encore une fois avec l’hostilité du public et un œdème pulmonaire qui le fait souffrir, Boris cessera de chanter.
BALLETS ET OPERAS
Une autre activité qu’il ne faut pas passer sous silence, est son écriture d’opéras et Ballets. C’est sans aucun doute sans rencontre avec sa seconde femme, une danseuse, Ursula Kubler en 1950 qui accentuera son désir de s’essayer dans ce registre. Je dis accentuer car Boris a déjà tenté des transpositions chorégraphiques de ses projets de romans, de scénarions de sketches. On connaît 3 ballets écrits par Boris : suite d’actualités imaginaires d’une semaine dans la vie, un autre inspiré de l’herbe rouge et enfin un dernier dédiée à la chorégraphe Marina Berg qui entrera au Carmel : ballet pour Marina Berg.
Pour les opéras. Il est l’auteur de 3 opéras : le chevalier des neige en 1955 mis en musique par Georges delerue ; Fiesta sur une musique de Darius Milhaud créé à l’opéra de Berlin en 1958 et Arne Saknussem ou une nregrettable histoire musique de Delerue et diffusée sur Paris inter en 1961.
Boris écrivait certes, vite avait 10 000 idées par jour mais il est necessaire de dire qu’il travaillait 18 heures par jour et qu’il dormait peu. Ses opéras étaient rédigés, pensés, mis en forme avec perfectionisme. Comme s’il savait que son temps lui était compté, et qu’il devait avoir fait le tour de tous les arts avant de partir. Peu de temps avant de mourir il travaillait encore à un opéra qui devait s’intituler le mercenaire et dont le décor était une ville bombardée. De vrais chars devaient entrer en scène, un soldait y retrouvait le cadavre de sa fiancée qu’il avait quittée avant de s’engager.
Cela eut été sans doute encore une de ses admirables boulets contre l’armée, contre la guerre.
LE CINEMA
Certes dans sa prime jeunesse à Ville D’avray Boris réalisera en tant que scéariste, acteur et réalisateur quelques petits films de fictions délirants mettant en scène son père et ses frères, mais avec le temps et pour ce qui est à proprement parlé du cinéma, là encore il paraît impossible de dresser la nomenclature totale de ses incursions dans le domaine du cinéma. Il a écrit des scéanrios, il a joué dans des films, il a écrit des commentaires sur des films. Mais le cinéma reste tout de même une activité mineure dans sa vie. Sur les tournages, en tant qu’acteur de cinquième zone, il s’ennuyait, il regardait sa montre, il était pressé de partir, il avait tant d’autres choses à faire. On peut l’entr apercevoir dans Les liaisons dangereuses de Vadim, Notre dame de Paris de jean Delannoy, le bel âge, la Joconde, Madame et son flirt, l’affaire Nina B de Robert Siodmak, mais cela reste quasiment anecdotiques dans sa vie. Ce ne sont que de brêves apparitions. Il l’a fait pour faire plaisir à des amis cinéastes comme Pierre Kast par exemple. Il participera aussi en tant qu’acteur ou scénariste à une dizaine de court métrages tournés entre 1947 et 1957.
Pour ce qui est du travail d’écriture scénaristique il y en a quelques uns dont beaucoup n’ont pas vu le jour. (la photo envoyée, le devin, la semeuse d »amour, les confessions du mpéchant Monsieur X…) deux scénarios en 42 étaient destinés à deux grandes vedettes : Jean Marais et Micheline Presles.En fait Boris aurait aimé développer certains cinémas qui dans les années 50 n’étaient pas très en vogue : la comédie musicale et la science-fiction. Mais cela ne se fera jamais. En 1947, Il montera une sorte de société de production avec Michel Arnaud, et Raymond Queneau La socité ARQUEVIT…( Ar pour Arnaud, Que pour Queneau Vi pour Vian et le T subversif evoquera le sexe érigé d’un bonhomme nu logo de la société). Mais la société ne produira qu’un seul scéanrio Zoneilles de Raymond Qeneau, quatre réunions et la société disparaitra sans que le court métrage ne soit tourné.
Il n’empêche Boris affectionnera longtemps le cinéma et particulièrement le cinéma américain.
LA PATAPHYSIQUE
Je ne vais pas m’étendre ici sur ce qu’est vraiment la pataphysiue. On notera juste que pour Boris c’était une manière de plus de ne rien prendre au sérieux et de proposer un regard différent sur le monde et les arts. C’est une philosophie ou une pseudo philosophie inventée par Alfred Jarry l’auteur de Ubu Roi. Les propos de la pataphysique sont souvent proche du non-sens ou de l’absurde. Gilels Deleuze, des années plus tard dira que la pataphysique est à l’origine de la phénoménologie. Je crois que cela aurait bien fait rire Boris, lui que le sérieux et les discours convenus irritait.
La pataphysique se présente généralement sous la forme de discours ou d’institutions scientifiques, philosophiques ou ésotériques, ou à l’inverse, sous des dehors amusants de jeux d’esprit, propose une réflexion plus profonde en décrivant un univers parallèle « que l’on peut voir et que peut-être l’on doit voir à la place du traditionnel. »
Le pataphysicien observe le monde d’une manière particulière, par exemple, au lieu d’énoncer la loi de la chute des corps vers un centre, le pataphysicien préférera celle de l’ascension du vide vers une périphérie.
Boris Vian, sera le grand promoteur de la pataphysique. Il exposera qu’un des principes fondamentaux de la pataphysique est l’équivalence. C’est peut-être ce qui explique ce refus que nous manifestons de ce qui est sérieux, de ce qui ne l’est pas, puisque pour nous, c’est exactement la même chose, c’est pataphysique.
Le Collège de Pataphysique, fondé en 1948, publie une revue, Viridis Candela. On y retrouvera des articles de Ionesco et les premiers oulipo qui ne sont pas sans rappelés les jeux de cadavres exquis aux quels Boris aimait àç se divertir en famille ou en tre amis à Ville d’Avray.
Les membres du collège de Pataphysique sont tous décorés de l’Ordre de la Grande Gidouille. Henri salavdor bien que non-membre du Collège en était décoré. Les dignitaires du collège de pataphysique ont tout un grade hiérarchique consigné dans un traité. Ils sont présidé par un Curateur Inamovible. Les autres membres se nomment Staroste, Vice-Curateur, Provéditeurs Satrapes. On l’aura bien compris que ce détournement de société philosophique n’existe que comme un pied de nez au assemblées, sociétés ou autre institutions académiques et officielles. Bizarrement, Boris prendra la pataphysique très au sérieux comme une revanche à ses inombrables échecs artistiques. De son vivant, il n’aura reçu aucun prix qui l’aura apaisé ou du moins qui lui aura permis de se sentir reconnu.
LA MALADIE LA MORT LA POSTERITÉ
Si on estime que Boris a commencé à créer à 15 ans. On peut déduire que son travail de génie s’est déroulé sur 24 ans. 24 ans pour une œuvre monumentale, diverse, originale, iconoclaste et résolument moderne !
Ursula Kubler sa dernière compagne qui est décédée en janvier 2010… sans que les médias ne relaient pleinement l’information confiait au Journaliste du Nouvel Observateur.
U. Vian Kübler. – Il m’avait toujours dit de ne pas trop m’attacher à lui. Il avait même senti, je ne sais pas comment, qu’il ne vivrait pas jusqu’à 40 ans. Et en effet il faiblissait. Je restais près de lui. Il regrettait que la médecine ne puisse rien pour lui. Je me souviens qu’il m’avait dit: «Si je pouvais changer de cœur, je le ferais tout de suite.» Mais on n’a rien pu faire. Vous savez qu’il est mort dans une salle de cinéma, à la projection de «J’irai cracher sur vos tombes», un film contre lequel il s’était beaucoup battu. C’était un crève-cœur pour lui d’assister à cette chose qu’on lui avait volée. Il m’avait dit de ne pas venir. Voilà. Ça l’a tué, ce film, ce livre, tout le reste. Après sa mort, j’ai reçu une lettre anonyme où il y avait seulement ces quelques mots écrits: «Si j’allais cracher sur sa tombe maintenant?» Vous voyez, toujours ce titre maudit.
En guise de CONCLUSION… Laissons la parole à Henri salvador qui disait :
« Je vais me taire maintenant pace que c’était un homme tellement riche qu’on ne peut pas parler de lui à la légère : Il fait réfléchir avant de parler de Bobo, on n’improvise pas sur Boris Vian.
Ecoutons la chanson que Jean Ferrat lui a écrite Pauvre Boris…
Voici les paroles de Pauvre Boris interprétées par Jean Ferrat
Musique : Alain Goraguer :
Tu vois rien n'a vraiment changé
Depuis que tu nous a quitté
Les cons n'arrêtent pas de voler
Les autres de les regarder
Si l'autre jour on a bien ri
Il paraît que " Le déserteur "
Est un des grands succès de l'heure
Quand c'est chanté par Anthony
Pauvre Boris
Voilà quinze ans qu'en Indochine
La France se déshonorait
Et l'on te traitait de vermine
De dire que tu n'irais jamais
Si tu les vois sur leurs guitares
Ajuster tes petits couplets
Avec quinze années de retard
Ce que tu dois en rigoler
Pauvre Boris
Ils vont chercher en Amérique
La mode qui fait des dollars
Un jour ils chantent des cantiques
Et l'autre des refrains à boire
Et quand ça marche avec Dylan
Chacun a son petit Vietnam
Chacun son nègre dont les os
Lui déchirent le coeur et la peau
Pauvre Boris
On va quitter ces pauvres mecs
Pour faire une java d'enfer
Manger la cervelle d'un évêque
Avec le foie d'un militaire
Faire sauter à la dynamite
La bourse avec le Panthéon
Pour voir si ça tuera les mythes
Qui nous dévorent tout du long
Pauvre Boris
Tu vois rien n'a vraiment changé
Depuis que tu nous a quittés
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Crédits et source: les vies parallèles de Boris Vian de Noël Arnaud
ed Livre de Poche.
La vie Jazz DVD de Philippe KOHLY ed arte-Tv vidéo
MERCI à Nicole Berthold de la fondation Vian pour ses anecdotes inconnues sur Boris.
http:// www.borisvian.fr
Copyright du texte de la conférence Albert Labbouz pour désespoir productions Avril 2010.
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