Rencontres étoilées d'un anonyme ordinaire (2007)
AVANT PROPOS
Traverser cinq décennies, sortir de l’enfance pour affronter l’adolescence et en sortir grandi bien qu’affaibli, tenter vaille que vaille de commencer une vie d’homme avec à la clé des bribes d’espoirs sorties d’un brouillon de bonheur, aimer même trop, même mal, mais aimer ! J’ai avancé avec des désirs de fortune, de gloire, de reconnaissance artistique. J’ai écrit, j’ai fait du théâtre, du cinéma, j’ai chanté, mais je ne suis jamais devenu un happy few. Pourquoi le doigt de la réussite se pose sur certains et pas sur d’autres qui le désirent avec ferveur et qui se démènent pour atteindre ce but ? Être bien né n’explique pas tout pour qui ne croit pas forcément au mektoub. Nous savons tous qu’il existe des génies inconnus qui croupissent quelque part : des Rimbaud étouffés, des Dali assassinés, des Marlon Brando rejetés, des Martin Scorcese enfouis, des Callas brimées, des Shakespeare en souffrance, des Bukowski sans éditeur… Ils ne seront jamais sous la lumière. Ils existent pourtant et ils mourront laissant derrière eux une œuvre qui pourrira dans une cave ou dans un grenier de hasard. Férré disait : « la lumière ne se fait que sur les tombes », mais pas toujours non plus. Andy Warhol, lui, prétendait que nous aurions tous, notre quart d’heure de gloire. Peut-être… Mais est-ce suffisant ? Parfois, le hasard nous fait croiser ces étoiles d’un temps ou d’un siècle. Nous passons près d’eux, nous les touchons presque et, de les avoir frôlées nous laisse une trace quasi indélébile, comme si un peu de leur lumière nous avait éclairé, révélant en nous cette part d’ombre que nous avons du mal à cerner. Elles passent à côté de nous à certains moments de notre vie, et elles en soulignent l’importance et la futilité. Elles exhument même parfois un moment d’histoire, un lieu oublié, « un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». Dans notre biographie que personne n’écrira, elles sont des bornes incontournables qui marquent notre parcours terrestre fait de pleurs, de peines, de désespoirs, de deuils, mais aussi de joies, de bonheurs épisodiques. De mon Algérie à cette France où je vis, en passant par l’Afrique et l’Amérique, je les ai collectées, mises bout à bout pour dresser le portrait d’un être dans la continuité de sa vie.
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