La chute d'Ouzoud (2003)
En vente sur www.manuscrit.com 
- La chute d'Ouzoud (RIF) est un vrai roman.
Un roman cinématographique.
Un road movie désespéré influencé, je ne m'en cache pas, par les premiers
romans de Philippe Djian. ("Bleu comme l'enfer", "Maudit
manège".)
C'est une narration double.
L'histoire est racontée au présent, mais les zones d'ombres sont dans
les écrits du carnet de voyage du narrateur.
C'est aussi, un regard en filigrane sur le Maroc du Haut-Atlas.
- L'HISTOIRE :
Après une blessure amoureuse aigüe, le narrateur se retrouve quasiment
contre sa volonté dans une expédition touristique au Maroc. Il y fera
la connaisssance de J.P le guide français, Ahmed le guide marocain,
de Rosa et de Beota ses compagnes de voyages.
Véritable zombie, bléssé jusque dans sa chair, il subira cette route
ressassant le pourquoi de son mal être: trahison et abandon de la
femme qu'il aimait. Acteur involontaire d'un traffic auquel sont mélés
J.P et Ahmed, il ira au bout de son périple jusqu'à une conclusion
qui ne peut laisser le lecteur qu'abasourdi.
Je vous livre
le début.
Le roman est en vente sur le site www.manuscrit.com ou en commande chez votre libraire.
- LE DÉBUT :
-
- La Land-Rover roulait à quinze à
l'heure sur la piste depuis près d'un quart d'heure. Les caillasses
ne nous permettaient pas des excès de vitesse, et constamment, il
fallait se pencher par la vitre pour voir si les roues n'entamaient
pas le précipice. Une seule erreur de conduite, et ... J.P avait son
Walkman sur les oreilles, et semblait détaché de tout. Il adoptait
exactement le même comportement que s'il visitait le parc de La Vanoise.
C'était comme si la chaleur de La tôle, ne le gênait pas. Comme si
l'idée de basculer dans le vide ne l'effleurait pas non plus. Derrière
ses lunettes de glacier, il nous ignorait. Dans une petite ligne droite,
je me suis retourné, et j'ai eu la vision en le regardant, une seconde,
d'un frelon dangereux qui n'attendait que le moment où je lui foutrais
mon point sur la gueule. Malgré ma poitrine défoncée, il n'avait pas
voulu céder sa place à l'arrière. C'était son tour de pouvoir allonger
ses jambes, et de regarder Rosa dormir quoiqu'il advienne. Ahmed m'a
fait signe de lui allumer une cigarette. C'était du tabac brun local,
Apre et sec, et la seule idée d'en aspirer une bouffée, a comprimé
un peu plus ma poitrine. Cependant, j'avais déjà assez d'un ennemi
dans le camion. Très vite, j'ai brûlé le bout de la cigarette, et
je la lui ai collé au bec. En aspirant, il me renvoya un petit sourire.
Ahmed jouait sur tous les tableaux, et je le savais. Plutôt que d'être
mal avec quelqu'un, il préférait, tel un serpent, s'arranger à nous
mettre en conflit interne, les uns avec les autres. Et même si nous
avions percé son jeu, nous nous taisions. Il nous conduisait dans
cette contrée qu'aucun de nous ne connaissait, et il nous faisait
à manger. Il nous était par conséquent, vital. Cela justifiait cela.
Il n'y avait que Rosa, qui parfois se permettait quelques réflexions
à son égard. Et s'il ne répliquait pas, c'était que sûrement , au
fond de lui, il ne refoulait pas l'idée qu'un jour ou l'autre, il
pourrait se la sauter.
- Rosa, je l'avais rencontrée à mon
arrivée à Marrakech, à l'hôtel Mektoub. Il ne restait plus qu'une
chambre de libre, et le portier derrière le desk, avait suggéré que
nous la partagions. Il était tard, et ni elle, ni moi, ne nous voyions
chercher une autre piaule. dans la ville. J'avais chaud, j'étais mal.
On s'est regardé sans sourire, et elle a dit d'accord. A mon regard
vitreux de mouton égorgé qui agonise, elle avait du sûrement s'apercevoir,
que je ne la toucherai pas. J'étais comme un chien battu, soulagé
de trouver un terrain vague pour s'écrouler.
- Sitôt dans la chambre, j'ai jeté
mon sac de cuir dans un coin, et je me suis laissé tomber sur le lit.
Le muezzin poussait sa prière du soir, et c'était comme un appel à
ma propre mort. Elle était entrée dans la salle de bains, et la lumière
filtrait sous la porte. J'imaginais ses gestes, et, en entendant l'eau
couler, je pensais à Laura, loin dans un ailleurs que je ne savais
pas, prête à s'offrir à Philippe qui avait failli devenir mon ami.
Quand elle est sortie de la salle de bains, une serviette enroulée
autour du corps, elle était sûrement persuadée que je dormais, mais
je la vis fouiller dans son sac de toile, en tirer une petite culotte.
Elle laissa vite tomber la serviette, et enfila son slip.
- Mon sexe n'avait pas bougé, pas manifesté
le moindre tressaillement. Elle passa ensuite un T-shirt ample, et
vint s'allonger sous les draps. Je me suis tourné sur le côté, en
laissant retomber ma main hors du lit. Elle avait oublié d'éteindre
la lumière dans la salle d'eau. Quand elle a fait mine de se relever
pour réparer cet oubli, je lui ai dis que j'y allais. L'interrupteur
était à l'intérieur, et je n'ai pas pu faire autrement que de voir
mon visage dans le miroir. Cela m'arrêta, net. C'était sûr qu'avec
cette tête, elle ne risquait rien avec moi. J'ai plaqué mes deux mains
sur mes joues, j'ai tiré sur ma peau, en me mordant les lèvres. Mes
yeux rougirent et des larmes coulèrent sans bruit. J'ai ôté ma veste,
et je me suis mis à pisser dans le lavabo, en regardant ma bite avachie.
J'ai sorti de ma poche la boîte de comprimés, et j'ai avalé un Noctran.
Puis, j'ai éteinds, et je suis retourné sur le lit, où elle dormait.
Du moins, c'était ce qu'elle voulait faire croire, elle aussi ! C'est
encore le muezzin qui me réveilla. J'étais resté sur les couvertures.
J'avais la bouche pâteuse. Elle avait rejeté les draps à cause de
la chaleur. Elle dormait. Cette fois, c'était sûr ! Je l'ai regardé
un peu, et je me suis dit brièvement, qu'en d'autres temps, d'autre
lieux, elle m'aurait plu, et que cette nuit, aurait pris une autre
tournure. C'était déjà le matin. Je n'avais pas l'intention de me
laver. Je ne voulais me donner aucune occasion de plaire, à qui que
ce soit. Je suis sorti, et dans le hall, j'ai commandé un café avec
une corne de gazelle. A la table d'à côté, ils étaient là. Un arabe
et un français. Jeunes, tous les deux. Mon âge, sûrement, mais ils
faisaient moins. L'arabe parlait fort. Il faisait clairement comprendre
qu'à deux les frais seraient trop élevés, s'ils voulaient faire tout
ce qu'ils avaient projeté. Je me suis mêlé de leur conversation. Ils
se sont présentés. Ahmed. Le français a dit un prénom composé, mais
il se faisait appelé J.P. Spontanément, je leur ai demandé, s'ils
voulaient bien de moi pour leur périple. Ils ont voulu m'expliquer
où ils allaient, mais j'ai coupé court en leur disant que leur destination
serait la mienne. Et c'est en levant mon nez de la tasse de café,
que je l'ai aperçue, à deux pas de nous. Elle est venue s'asseoir
la table, et j'ai bien vu les regards d'Ahmed et de J.P se fixer sur
elle. Ils ont cru immédiatement qu'elle était avec moi, et c'est Ahmed
qui le premier demanda si " la gazelle " venait aussi. Sans
même attendre la destination, et en fixant J.P un bref instant, elle
répondit que oui, et ajouta :
- - Moi, c'est Rosa.
- C'était donc dans tous las pays,
pareil ? Attirance. Répulsion. Séduction. Jalousie. Déjà, je n'aimais
pas la tournure que cela prenait, et si j'avais été plus gonflé, je
me serais dégonflé, j'aurais dit que je ne partais plus. Mais je fus
lâche, et j'ai croqué dans ma pâtisserie au miel, avant de finir mon
café froid. Puis j'ai dis que j'allais chercher mes affaires. Rosa,
me demanda poliment de lui descendre son sac. Qu'elle avait tout bouclé
avant de descendre. Je suis passé à la réception. On me signifia que
la chambre avait été réglée par la jeune fille. Je ne comprenais rien
à rien. Mais avais-je un jour compris quoique ce soit ?
-
- ALBERT LABBOUZ Copyright
Désespoir Productions.
-
|