URDA (1997)


SYNOPSIS
URDA OU MA DERNIERE INTERVIEW d'ALBERT LABBOUZ
URDA est une très grande artiste. La plus grande. C'est une déesse des arts et plus
précisément de la sculpture. A présent elle est dans le dernier tiers de sa vie, et a
décidé de donner son dernier interview à Lionel Isaac. Il fut l'un des meilleurs
journalistes de sa génération avant de sombrer dans la déchéance. C'est un raté
génial.
URDA vit retirée du monde dans un somptueux manoir hors du temps entouré d'oeuvres
d'art. Pour seule compagnie, Lucrèce, sa jeune secrétaire sexy et nymphomane.
Alors qu'une violente tempête se prépare à l'extérieur débarquent dans cet univers
hors du temps et au delà de l'an 2000, l'équipe mené par Lionel Isaac. Steve le
cameraman et Phil le technicien-régisseur, des néophytes en matière d'art.
Après l'installation des moniteurs T.V. et la transformation des lieux en Studio de
télévision l'interview commence. Lionel attaque la prêtresse des arts de front. URDA se
braque. Elle est bien décidé à mener l'interview comme bon lui semble. Elle sort
furieuse menaçant de laquer cet interview. Lionel demande à ses équipiers de sortir
aussi et de filmer l'extérieur de la propriété. Entre la secrétaire qui d'emblée
tente de séduire le journaliste qui s'esquive prétextant qu'il pourrait être son père.
Quand URDA revient, elle est très décontractée, ceci sans doute grâce à ses «
munitions » son paquet de cigarettes et sa bouteille de vodka. Lucrèce prétexte alors
un coup de téléphone bidon pour éloigner les journalistes et mettre en garde URDA
contre le machiavélisme de Lionel. Nous apprenons alors que Lucrèce est un pseudo et que
les dernières oeuvres d'URDA ont été réalisées par elle même. Elle réclame
d'ailleurs une reconnaissance qu'URDA ne semble pas prête à lui donner. Quand
l'interview reprend, Lionel tente de piéger une nouvelle fois URDA essayant de lui faire
dévoiler sa véritable identité et son origine. Mais URDA prétend avoir anéanti son
passé. Elle a fait exploser telle une bombe atomique sa mémoire. Elle n'est qu'URDA
celle que les rois et les princes ont vénéré, la déesse de la sculpture. Elle ne le
sait plus ou ne veut plus savoir qui elle a été. Mais Lionel n'a rien perdu de son
talent journalistique, il révèle face à la caméra qu'elle n'est que Rébécca Drau une
auvergnate de naissance. Drau n'est que l'anagramme d'URDA. URDA furieuse met fin à
l'interview. Phil s'en prend également à Lionel, il l'expédie au tapis quand il apprend
de la bouche de Steve que si le reportage n'est pas réalisé, ils ne seront pas payés.
Au même moment un black-out survient, plongeant toute la scène dans l'obscurité totale.
Le téléphone aussi est coupé. On s'affole. Lucrèce se propose d'aller chercher des
bougies. Phil et Steve de foncer au village voisin pour téléphoner. URDA et LIONEL
restent seuls.
Dans le noir absolu, Lionel appelle URDA par un diminutif de son ancien prénom: «
Rebbie, Rébécca, mon rêve. » Cela intrigue URDA qui n'a connu qu'un seul homme
l'appelant ainsi: Son premier amour alors qu'elle n'avait que quatorze ans, il y a bien
longtemps de cela. C'est à la lueur des bougies qu'elle allumera petit à petit qu'URDA
retournera en adolescence et
fera refaire surface à ces souvenirs douloureux qu'elle avait vraiment tués en quittant
avec sa mère ce village d'Auvergne. Elle confie même que c'est parce qu'elle était
enceinte de lui qu'elle est partie. Et elle lui avoue aussi qu'elle s'est fait avorter
dans les semaines qui suivirent sa fuite. Lionel est abattu. Durant toute sa vie d'homme
il avait tenté de retrouver l'innocence de cette période, recherchant Rébécca au
hasard de ses reportages et interview.
Il ne fit le rapprochement avec URDA, que très tard alors qu'il interviewait un
député véreux qui avait été l'amant d'URDA et qui se suicida par la suite.
Quand la lumière revient. Tout a été dit ou presque.
Mais qui est le plus menteur: le journaliste qui traque la vérité ou l'artiste qui la
déforme pour mieux la sublimer dans son art?
En conclusion de l'interview URDA passera le relais artistique à sa secrétaire en
révélant qu'elle ne créera plus, qu'elle ne donnera plus d'interview et que désormais
elle allait apprendre à mourir. Elle congédie tout le monde. Lionel s'apercevra qu'il a
été berné au sujet de l'avortement d'URDA en écoutant le mini-enregistreur qu'il avait
caché derrière sa cravate et sur la bande de laquelle elle dit dans le noir: « à
quatorze ans j'ai été une femme et une mère à la fois ». Leur enfant est donc bien
né. Mais qui est-il? Seul le spectateur l'apprendra à la dernière réplique de la
pièce quand Lucrèce souhaitera « bonne nuit » à sa mère.
C'est une pièce sur l'Art, la mémoire, l'amour.
C'est une pièce sur la mémoire qui nous échappe. Bien des années nous retrouvons
des gens que nous avons aimé ou détesté. Mais si par bonheur ou par malheur nous
confrontons nos opinions sur la période vécue du passé, nous avons la nette impression
de ne pas avoir vécu la même chose au même moment. Parfois même nous avons assassiné
le passé, on oubliant purement et simplement. a quoi ont alors servi ces moments effacés
pour l'un ou l'autre? Lionel a aimé URDA d'un amour absolu. URDA/ Rébécca n'a aimé
Lionel que le temps de se retrouver enceinte pour cause de non pilule. L'Art est un
hold-up dit URDA dans la pièce. Et c'est en le commettant qu'URDA a pu sortir. Il lui a
permis une seconde naissance. Lionel n'a fait son commerce qu'avec les actions des hommes,
il le dit aussi. Et elles ne sont pas belles les actions des hommes. Elles l'ont conduit
à son propre malheur. Il a eu le tort de ne pas croire aux rêves
C'est une pièce sur le mensonge. URDA s'appelle aussi Rébécca. Lucrèce s'appelle
Françoise. Lionel Isaac se prénomme Alexandre en réalité. URDA dissimule l'existence
de leur fille. Lionel planque un micro par déformation professionnelle pour saisir un
scoop. Lucrèce réalise les oeuvres d'URDA. Lucrèce ne saura jamais qu'elle a failli
commettre un inceste en draguant Lionel.
Tous s'inventent des vies, traque l'autre pour essayer de se retrouver. URDA a réussi.
Lionel a échoué.
C'est une pièce sur la célébrité. Pourquoi la célébrité et la starisation
déforme-t-elle les êtres à ce point? La gloire et le pouvoir ne seraient-elles pas
jumeaux?
C'est un jeu de miroirs. Alors qu'URDA a connu une ascension glorieuse en partant d'une
enfance pourrie. Lionel a suivi une trajectoire inverse. Il n'a fait que sombrer toute sa
vie à la recherche de son adolescence heureuse et de l'idée de cet amour parfait qui
s'appelait Rébécca.
C'est une pièce sur l'image. l'image théâtrale. Nous voyons les personnages en
entier dans leur univers.
C'est le fil conducteur de l'intrigue
L'image vidéo: l'interview a vraiment lieu dans les conditions réelles d'un interview:
spot, caméra, micro etc. Nous voyons des gros plans du visage d'URDA des ses mains, de
ses sculptures.
L'image cinématographique: Les moments d'adolescence de Lionel et URDA sont projetés
alors que la scène est dans l'obscurité sur les voiles des rideaux du grand salon .
Urda traite de l'Art, de la mémoire, également des faux-semblants"
explique Albert Labbouz, auteur et metteur en scène de cette pièce
originale qui sera interprétée par la compagnie Acidulé-Zeste. Dans cette création,
Urda, grande star de la sculpture, donne sa dernière interview.
Outre des comédiens, l'auteur met en scène un accordéoniste, un pianiste, des
peintures et des sculptures, ainsi qu'une bande vidéo. "Il y a aussi quelques pas de
danse" ajoute Albert Labbouz qui a obtenu en quelques années de participation au
festival Drancéen, trois aides à la création (aide financière et logistique de la
municipalité à un projet de création.) et deux coups de coeur (achat de spectacle
présenté lors du festival et reprogrammé au cours de la saison culturelle suivante.)
- Car ce qui l'intéresse plus que tout, c'est la création. "On peut
apprécier ou détester les pièces que je présente, admet-il, car créer implique de
prendre des risques. Mais cette conséquence n'est pas importante dès lors que la
création, aboutissement d'envies et de plaisirs, connaît une vie".
C'est ainsi que dans Urda, Albert Labbouz s'est permis de donner un vrai rôle à la
lumière, habituellement traitée comme un accessoire. En donnant naissance à cette
pièce, il s'est interrogé sur la possibilité de créer une histoire forte sans
artifices. Pari tenu.
Virginie Bailleul.
(paru dans Drancy Info Avril 1997.)



© Photos : Bruno Vallet
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